monde

Les Centrales Nucléaires dans le Monde..

 

Introduction

 

Les centrales nucléaires (toutes..) utilisent des réacteurs à eau légère pressurisée(REP) et autres « REB » (réacteurs à eau bouillante) et qui équipent majoritairement l’ensemble du parc nucléaire sur la planète..un comble !

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Photo ci-dessus avec un schéma simplifié du fonctionnement d’une centrale nucléaire avec un réacteur dit « REP » ou Réacteur à Eau Pressurisée.

 Les centrales nucléaires avec réacteurs à eau pressurisée

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Photo ci-dessus du cœur d’un réacteur à eau pressurisée avec sa chaudière.

 Les centrales nucléaires avec réacteurs à eau pressurisée

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Photo ci-dessus du schéma simplifié en fonctionnement d’une centrale nucléaire avec réacteur à eau pressurisée, appelée « REP ».

À RETENIR

L’EPR..

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Photo ci-dessus schéma du réacteur  de type « EPR ».

  • L’EPR est un réacteur à eau pressurisée de 3e génération dont la puissance atteint près de 1 650 MW.
  • Ce réacteur a un meilleur rendement* que les réacteurs actuels et dispose de 4 systèmes redondants de sûreté ainsi que d'une épaisse enveloppe de confinement en béton.
  • L'EPR devrait être capable d'utiliser 100% de combustible MOX pour produire de l'électricité.
  • A l'heure actuelle, 4 EPR sont en cours de construction : 1 en Chine, 1 en France, 1en Grande Bretagne et 1 en Finlande. La mise en service de ces têtes de série a été reportée à plusieurs reprises.

* meilleur rendement..est..un terme ..filou..( argument de vente et d’acceptation..)

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L’EPR (« European Pressurized Reactor »), ou réacteur pressurisé européen*, est un système de production d’électricité de forte puissance (de l'ordre de 1 650 MWe) utilisant la fission nucléaire et de l’eau sous pression comme caloporteur, dans un ensemble à très forte sûreté. EPR désigne plus largement le système global intégrant notamment l’enveloppe protectrice en béton, les systèmes de sécurité, le groupe turbo-alternateur qui assure la production d’électricité ou bien encore des constructions de génie civil.

* Ce n’est plus un « REP » ou Réacteur à Eau Pressurisée, mais dit à eau..bouillante (Boiled water) !

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Photo ci-dessus de l’entrée du site du C.E.A. à Cadarache dans la Drôme.

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Le CEA classe l’EPR comme un réacteur de 3e génération. Il est présenté comme un réacteur évolutionnaire de génération 3+ par son constructeur, l’industriel français Areva. L’EPR fonctionne selon les mêmes principes généraux que ses prédécesseurs, les réacteurs à eau sous pression (REP)* de deuxième génération aujourd’hui en fonctionnement. L’EPR et les REP de deuxième génération utilisent des neutrons lents, ralentis par de l’eau.

*Il ne fonctionne absolument pas comme les autres centrales nucléaires dites « REP » ou  Réacteur à Eau Pressurisée, bien au contraire.

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Le groupe « AREVA » dit cela pour..  « rassurer » l’opinion publique et ainsi mieux faire accepter son projet comme réalisation et réalisations futures à travers le Monde.. !

 

L’EPR est une version modernisée des REP, utilisant des techniques plus efficaces et plus sûres*. Cette 3egénération de réacteurs est censée préparer la rupture technologique que devraient représenter les réacteurs à neutrons rapides ou « surgénérateurs* » de 4e génération.

* plus sûres = version déjouée de..sécurisé !!!

( Pour le..plus sûre..permettez-moi d’en douter..)

* Avec ces..  « surgénérateurs », on entrera de plein fouet dans « l’Aramaguedon » de la Bible, c’est- à-dire..la fin du Monde programmée !!!

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Il existe à l’heure actuelle 4 réacteurs EPR en construction dans le monde : 1 en FranceFlamanville),1 en Grande Bretagne (Hinkley Point), 1 en Finlande Olkiluoto) et 1en Chine Taishan). Le projet de construction de 2 autres EPR fait l'objet de négociations avancées entre Areva et EDF Energy (fililale britannique d'EDF).

1. EPR de Flamanville

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2. EPR de Finlande

   (centrale nucléaire de Olkiluoto..)

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Photo ci-dessus avec cette centrale en image de synthèse incorporée.

3. EPR de Hinkley point

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Photo ci-dessus avec cette centrale en image de synthèse incorporée.

4. EPR de Chine

   (centrale nucléaire de Taishan..)

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Photo ci-dessus de cette centrale – chantier en cours.

Le regard de Challenges: EDF s'allie à la Chine pour construire une centrale..

* Pour le..plus sûres..permettez-moi d’en douter..

EDF vise un remplacement complet du parc nucléaire dans 40 ans !

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EDF travaille actuellement avec le français Areva, dont il prévoit le rachat de l'activité réacteurs (Areva NP), sur un nouveau modèle d'EPR de même capacité (1.650 mégawatts), mais censé être plus compétitif. 

(Crédits : © Christian Hartmann / Reuters)

Des EPR nouveaux modèles seront installés en France à partir de 2030, a annoncé le premier électricien de France. EDF a prévenu qu'il pourrait s'associer à des partenaires pour leur financement.

Le parc actuel de réacteurs nucléaires sera à terme entièrement remplacé. EDF projette un déploiement de "plusieurs dizaines"de réacteurs EPR NM (nouveau modèle), avec le soutien éventuel de partenaires extérieurs, a déclaré vendredi 23 octobre son PDG.

"A partir de 2028, 2030, ce n'est pas une science exacte, nous allons commencer à installer en France des EPR nouveau modèle. (...) Et puis en 2050, 2055, on n'aura plus de (réacteurs de) la génération actuelle. On aura les EPR NM *: on en aura 30, 35 ou 40. On aura plusieurs dizaines qui seront le produit de remplacement du parc actuel", a précisé Jean-Bernard Lévy lors d'une rencontre avec des journalistes.

* EPR NM, autrement dit avec ce combustible des déchets retraités dit "MOX"...

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Améliorer la sûreté

EDF travaille actuellement avec le français Areva, dont il prévoit le rachat de l'activité réacteurs (Areva NP), sur un nouveau modèle d'EPR de même capacité (1.650 mégawatts), mais censé être plus compétitif, plus rapide et moins coûteux que son grand frère, dont la construction accumule les déboires à Flamanville et en Finlande.

     | Lire Le démarrage de l'EPR Flamanville à nouveau repoussé, la facture grimpe encore

"Notre objectif est que pour cet EPR nouveau modèle, les grandes options de sûreté, les grands choix d'architecture, soient faits dans les années qui viennent pour que nous puissions à peu près à l'horizon 2020 (...) avoir un design détaillé, figé, accepté par l'autorité de sûreté française (ASN)et pour que nous puissions, si tel est notre souhait, commander un premier EPR NM", a expliqué M. Lévy.

Avant de commencer à renouveler son parc nucléaire, EDF prévoit d'investir environ 50 milliards d'euros* pour prolonger jusqu'à 60 ans la durée de vie de la plupart de ses 58 réacteurs actuels, répartis dans 19 centrales. La loi sur la transition énergétique stipule que la capacité du parc nucléaire français est désormais plafonnée à 63,2 gigawatts.

Alors que nous avons déjà une dette abyssale de 43,5-45 Milliards d'Euros de l'affaire "Uramin" avec Anne Lauvergeon, sans compter les augmentations et déboires avec les EPR de Flamanville surtout, comme celui de Hinkley Point et encore celui de Finlande !!!

 

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Financement extérieur

Pour assurer le financement d'un tel déploiement, le géant de l'électricité pourrait s'associer à des partenaires.

"Est-ce qu'EDF a les moyens aujourd'hui de reconstruire pour 60 gigawatts de nucléaire sur son bilan actuel? Je pense que non. Je pense que la question se posera le moment venu de faire entrer des partenaires", a dit le PDG.

     | Lire aussi EDF demande des hausses "acceptables" des prix de l'électricité

Jean-Bernard Lévy a également réaffirmé que l'opérateur français d'énergie souhaitait doubler d'ici 2030 ses capacités en matière d'énergies renouvelables, pour les porter de 28 gigawatts (GW) à 50 GW. Ces capacités pourraient se trouver en dehors de l'Europe,EDF ayant lors de la conférence exprimé son intention de doubler la part de ses actifs non européens, de 5% du total actuellement à quelque 10%.

(avec AFP et Reuters)

 

La Chine financera un tiers du projet de nouvelle centrale nucléaired'EDF au Royaume-Uni..

 

Hinkley Point sera-t-il le seul EPR en Grande-Bretagne ?

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Un rapport parlementaire britannique fustige le modèle économique de l’EPR d’Hinkley Point. La facture d’électricité des britanniques pourraient être alourdie jusqu’à 30 milliards de livres.

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Photo ci-dessus d’une image de synthèse de cette centrale.

Nouvelle tuile pour l'EPR d' Hinkley Point. Ce matin un rapport parlementaire britannique dénonce les " graves erreurs stratégiques " de Londres dans la conduite du projet mené par EDF. La détermination obstinée (du gouvernement, NDLR) à conclure un accord sur Hinkley signifie que dans les années à venir les consommateurs d'énergie seront confrontés à des coûts dépassant largement les estimations initiales", accuse le rapport. Il est vrai qu'en vertu du contrat conclu en 2013 avec Londres, EDF bénéficiera à partir de 2025 d'un tarif garanti de rachat de l'électricité à un prix de 104 euros le mégawattheure quand les prix de marché tournent autour de 40 euros le Mwh. Mieux, ce tarif est garanti pendant 35 ans quelque soient les aléas de la conjoncture. Si les prix du marché dépassent 104 euros, EDF rembourse le trop-perçu. Dans le cas où le tarif est inférieur au prix de marché, l'électricien reçoit un paiement complémentaire. Pour les auteurs du rapport, ces paiements complémentaires pourraient alourdir la facture d'électricité des particuliers jusqu'à 30 milliards de livres, soit cinq fois plus que les projections initiales. " Le ministère (britannique de l'Energie) n'a pas tenté de renégocier l'accord à la lumière de l'affaiblissement du dossier car il a présumé que les investisseurs dans le projet n'auraient pas accepté un rendement plus faible ", indique le rapport. Et il conclut qu'il invite maintenant le gouvernement à réévaluer et à rendre publique son argumentation stratégique en faveur de la construction de nouvelles centrales nucléaires avant de négocier d'autres accords. Le message est clair. Pour les prochaines centrales de troisième génération, le ministère doit instamment trouver un meilleur deal. S'il n'y parvient pas, prière de se tourner vers d'autres sources décarbonées : éoliennes terrestres, éoliennes offshore ou énergie solaire.

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40% d'énergie nucléaire en 2030

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Ce rapport parlementaire ramène EDF à la dure réalité du business. Hinkley Point n'a jamais eu vocation à être le seul EPR de la Grande-Bretagne. Il " est un jalon essentiel pour le renouveau de la filière françaiseavait dit le PDG Jean-Bernard Lévy le 15 septembre 2016, jour où EDF prit officiellement la décision de lancer l'EPRC'est un signal donné à d'autres pays qui ont d'anciennes centrales nucléaires et qui doivent décarboner." Le patron d'EDF pensait alors à l'Inde, l'Afrique du Sud ou l'Arabie Saoudite, pays avec lesquels l'électricien est en pourparlers. Mais également à la Grande-Bretagne. Londres qui a d'ambitieux objectifs en matière de réduction de gaz à effet de serre ( - 80 % d'ici à 2050) est dans un corner. Confronté à la baisse de ses réserves pétrolières et gazières en mer du Nord et à des centrales à charbon et nucléaires vieillissantes appelées à fermer, le pays ne veut pas accroître sa dépendance vis-à-vis du gaz russe. Résultat, il mise à fond sur les renouvelables et le nucléaire, dont la part dans le mix électrique doit passer de 18 % aujourd'hui à 40 % en 2030. EDF veut construire deux nouveaux EPR à Sizewell dans le Suffolk (est de l'Angleterre). Et dans un troisième temps, il espère être " dans les wagons " de son partenaire chinois CGN qui est pressenti pour développer son propre réacteur Hualong à Bradwell (sud-est de l'Angleterre). Reste à savoir si ces projets vont se réaliser. Ces dernières années, le prix des renouvelables a chuté drastiquement (des projets solaires se sont négociés à moins de 25 euros le Mwh). Dans le même temps, avec les normes post Fukushima, le prix du nucléaire n'a cessé d'augmenter.

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EPR d’Hinkley Point : des subventions éhontées, de gros déboires en perspective pour EDF... et pour les Britanniques.

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En vertu du contrat décroché par EDF, la Grande-Bretagne s’engagera à lui racheter pendant 35 ans l’électricité des réacteurs pour un montant de 89,5 £ le MWh (si deux nouveaux EPR sont construits par la suite sur le site de Sizewell) ou 92,5 £ (si seuls les réacteurs d’Hinkley Point sont construits), soit respectivement 105 et 109 € le MWh en considérant les taux de change en vigueur le lundi 21 octobre. Ce montant représente le double du prix en vigueur outre-Manche. Ces conditions spéciales, avec un engagement sur plus d’une génération, constituent des subventions à peine déguisées et un favoritisme éhonté en faveur d’une énergie polluante et dangereuse. Rappelons par ailleurs qu’à l’origine, le gouvernement britannique s’était engagé à développer le nucléaire "sans subventions" !

Le contrat prévoit 16 milliards de livres (soit environ 18,9 milliards d’euros) pour la construction de deux réacteurs, soit plus que les coûts actuels de l’EPR, qui ne cessent d’augmenter. Le gouvernement britannique souhaite donc s’enchaîner sur plus d’une génération à une technologie dépassée, dont les coûts ne cessent d’augmenter, contrairement à ceux des énergies renouvelables !

Ces mécanismes et ces prix faramineux démontrent dans tous les cas que le "nucléaire bon marché" est un mythe, cette technologie ne pouvant perdurer qu’en étant portée à bout de bras.

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 Photo ci-dessus de Mr. James Cameron (ancien premier ministre britannique..), en compagnie du patron d’EDF sur le site de Hinkley point.

Longues négociations et grosses manigances

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Photo ci-dessus de Mr. James Cameron avec Mr. Xi Jinping, le président Chinois.

(il faut savoir que les Chinois ont apporté une forte contribution financière dans la construction de cet EPR sur le site de Hinkley point, et ont, à ce sujet une participation à hauteur de..45% !..)

Pour prendre pied en Grande-Bretagne, EDF, en difficultés financières au point d’appeler au secours deux partenaires chinois, a été prête à tout. Ce résultat est l’aboutissement de mois de négociations… ponctuées de manigances et tractations en tout genre : rôle actif d’EDF en Grande-Bretagne pour minimiser l’ampleur de la catastrophe de Fukushima, tentatives de Luc Oursel pour demander un traitement de faveur pour le nucléaire et la fin des subventions aux énergies renouvelables et à la lutte contre la précarité énergétique, influence de la France pour changer les lignes directrices européennes afin que le nucléaire puisse bénéficier d’aides d’Étatchantage aux emplois sur le site d’Hinkley Point, où doivent être construits les réacteurs...

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Galères en perspective pour EDF… et pour les Britanniques !

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EDF ne devrait pas se réjouir trop vite d’avoir pu décrocher cet accord : il faut encore que le mécanisme du « contrat de différence » soit examiné en détail par la Commission Européenne, ce qui pourrait occasionner un an de délai. Surtout, comme l’ont démontré les travaux de juristes européens de la coalition Energy Fair, ce mécanisme de rachat au-dessus des prix du marché exigé par EDF, qui équivaut à une subvention déguisée, est illégal au regard du droit européen de la concurrence. La Commission Européenne a d’ailleurs abandonné le projet d’autoriser l’attribution d’aides d’État au nucléaire.

Si le projet était malgré tout autorisé, il faut alors s’attendre à voir se répéter outre-Manche le cauchemar déjà en cours à Flamanville et Olkiluoto d’un chantier aux multiples déboires et surcoûts, émaillé de scandales sur la sûreté et les conditions de travail.

Les consommateurs britanniques seront dans tous les cas les grands perdants de cet accord. Par ailleurs, ils devront également payer pour les surcoûts probables d’un réacteur inconstructible et dangereux. Tant que le projet ne sera pas abandonné, ce sera autant de temps et d’argent perdu pour le développement de l’efficacité énergétique et des énergies renouvelables, pourtant bien plus compétitives et dont les coûts ne cessent de décroître

En collaboration avec les associations britanniques concernées et notamment la coalition Energy Fair, le Réseau "Sortir du nucléaire" déploiera les efforts nécessaires pour convaincre de la nécessité de retoquer cet accord. S’il venait à être mis en oeuvremalgré son caractère manifestement illégal, Britanniques et Français s’uniront pour résister à EDF.

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Nuclear power’s annus horribilis..

Construction d’EPR à Hinkley Point : « C’est suicidaire ! »..

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Construction d’EPR à Hinkley Point : « C’est suicidaire ! »,dénonce Mme. Corine Lepage( Rassemblement citoyen)

LCP Assemblée Nationale.

Construction d'EPR à Hinkley Point : "C'est suicidaire !", dénonce Lepage (Rassemblement citoyen) | LCP Assemblée nationale

Nucléaire, Areva veut tirer au clair l’affaire des falsifications au Creusot..

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Jean-Claude Bourbon , le 16/10/2016 à 16h35

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Après la découverte de 400 dossiers falsifiés dans son usine du Creusot, Areva va étendre ses inspections à l’ensemble des pièces qui ont été fabriquées sur le site.

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Le point le plus sensible concerne le problème rencontré sur un générateur de vapeur de la centrale de Fessenheim.

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Photo ci-dessus, schéma d'un générateur à vapeur.

Le nucléaire français tiraillé entre contraintes financières et enjeux industriels

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Au moment du premier choc pétrolier, le nucléaire ne représentait que 8% de la production française d’électricité, contre 76% aujourd’hui. C’est dire que le pari fait par le Plan Messmer de mars 1974 a été un succès puisque cela permet à la France de bénéficier d’une électricité largement « décarbonée » et à un prix raisonnable. L’État a su, à ce moment-là, prendre les bonnes décisions. Mais le contexte a changé : l’ouverture des marchés électriques à la concurrence, les hésitations de l’État régulateur, la défaillance de l’État actionnaire et la crise économique ont profondément modifié le paysage et EDF, qui n’est plus en position de monopole, se trouve dans une situation difficile. Les contraintes financières du court-moyen terme ne doivent toutefois pas compromettre les enjeux industriels du long terme.

Un actionnaire défaillant

L’État est aujourd’hui propriétaire de 84,49% du capital d’EDF mais il n’a procédé à aucune recapitalisation de l’entreprise depuis 1981, se contentant d’engranger les dividendes. Certes il va accepter cette année de percevoir ses dividendes sous forme d’actions et non de cash et il procédera peut-être à une dotation en capital dans les prochains mois. Il était temps.

L’État, qui en 2001 a pris l’initiative de fusionner Framatome, le constructeur des réacteurs nucléaires, avec Cogema, le gestionnaire du cycle du combustible nucléaire, créant ainsi Areva, n’a pas pris la précaution de prévoir un « pacte de partenariat » entre EDF et le nouveau groupe et il a de ce fait introduit une concurrence fratricide entre ces deux entreprises dont il est le propriétaire.

Le rachat d’Areva NP (ex-Framatome) par EDF, du fait des difficultés financières d’Areva, va introduire un peu plus de cohérence dans l’organisation de la filière nucléaire française mais cela va coûter plus de 2 milliards d’euros à EDF et Areva, qui se recentre maintenant sur le cycle du combustible, n’a plus les moyens de participer au tour de table sur le projet d’EPR d’Hinkley Point au Royaume-Uni.

Des pouvoirs publics pas toujours cohérents

Favoriser le développement des énergies renouvelables intermittentes comme le solaire et l’éolien via des prix d’achat régulés parfois exorbitants et garantis sur longue période (15 à 20 ans) a donné lieu à de nombreuses controverses car cela a engendré des effets pervers sur le fonctionnement du marché de gros de l’électricité. Cette électricité renouvelable payée hors marché n’est pas sensible à l’évolution du prix du marché et elle a provoqué une surproduction à un moment où la demande d’électricité a plutôt tendance à stagner.

Du coup, les prix de l’électricité commercialisée à la sortie des centrales ont fortement chuté : moins de 30 euros/MWh en mars 2016 contre 60 à 70 euros/MWh en 2013, un prix sensiblement inférieur au niveau de l’ARENH (42 euros)Des prix négatifs ont même été observés parfois, ce qui soulève la question d’une nouvelle régulation du marché, sous forme d’un prix plancher par exemple (les prix de marché sont déjà « capés », donc pourquoi pas un prix plancher ?).

Cela n’empêche d’ailleurs pas les prix TTC payés par le consommateur final de s’accroître puisque le surcoût des renouvelables (différence entre le prix garanti et le prix du marché de gros financé via la CSPE) n’a cessé d’augmenter, ce surcoût s’ajoutant aux péages d’utilisation des réseaux et aux diverses taxes prélevées par l’État et les collectivités territoriales. Ce surcoût est de l’ordre de 5 milliards d’euros par an en France ; c’est moins qu’en Allemagne (23 milliards) mais le montant cumulé de cette CSPE sur la période 2014-2025 devrait atteindre 73 milliards d’euros selon la CRE.

L’État fragilise les finances d’EDF puisque les prix ne suivent plus les coûts.

A noter qu’EDF, qui achète cette électricité au prix garanti, n’a pas récupéré l’intégralité de la CSPE à laquelle l’entreprise a droit puisque l’État n’a pas toujours revalorisé les prix TTC au niveau qu’il aurait fallu si l’on avait intégré la totalité de la CSPE versée ; du coup l’État a une dette de plus de 4 milliards d’euros à l’égard de son entreprise. En refusant d’ajuster les TRV (tarifs réglementés de vente) payés par une grande proportion des clients d’EDF (hors ceux qui ont choisi ou été contraints de choisir un contrat dit en « offre de marché »), l’État fragilise les finances d’EDF puisque les prix ne suivent plus les coûts. L’entreprise voit ses recettes baisser à la fois au niveau du marché de gros et à celui du marché de détail.

En affichant dans la loi de transition énergétique votée en août 2015 que la part du nucléaire ne doit pas dépasser 50% de la production d’électricité en 2025, tout en plafonnant à 63,2 GW la puissance nucléaire installée, l’État crée de l’incertitude sur la fermeture ou non de 17 à 20 réacteurs et sur le devenir de la filière de retraitement du combustible (puisque ce sont les réacteurs « MOXés » qui seraient fermés en priorité). La logique est d’allonger de 20 ans (deux fois 10 ans si l’ASN l’autorise) la durée de fonctionnement des 58 réacteurs actuels, moyennant bien sûr des investissements de jouvence. C’est ce que préconisait d’ailleurs le « Rapport Energies 2050 » remis en février 2012 au gouvernement.

Le nucléaire semblant parfois jouer le rôle de « back-up » des renouvelables...

Certains pensent que si la demande d’électricité repart, du fait de nouveaux usages, le nucléaire pourrait ainsi représenter de l’ordre de 50% de la production d’électricité. D’autres pensent que l’on pourrait faire fonctionner les réacteurs à puissance réduite pour respecter ce seuil de 50%, ce qui accroîtrait mécaniquement le prix de revient du kWh nucléaire, puisque les coûts seraient récupérés sur un volume plus faible de kWh, et poserait sans doute des problèmes techniques. A noter que l’amplitude de la puissance nucléaire appelée sur le réseau est loin d’être négligeable aujourd’hui, le nucléaire semblant parfois jouer le rôle de « back-up » des renouvelables, comme le montrent les derniers chiffres publiés par RTE.

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On observe une sorte de « loi de Gresham » de l’électricité, les renouvelables chassant le nucléaire à certaines heures tout comme « la mauvaise monnaie chassait la bonne » du temps du bimétallisme or-argent. Substituer des centrales à gaz à des centrales à charbon, comme c’est le cas aujourd’hui aux États-Unis, est une bonne chose pour lutter contre le réchauffement climatique ; remplacer des centrales à gaz par des centrales à charbon comme c’est le cas aujourd’hui en Allemagne est discutable sur le plan environnemental. Mais quand les renouvelables chassent le nucléaire, une énergie bas carbone remplace une énergie bas carbone et cela n’apporte rien sur le plan environnemental surtout si l’énergie évincée est moins chère que l’énergie prioritaire.

A noter qu’afficher une réduction de la part du nucléaire, c’est aussi envoyer un « mauvais signal » aux acheteurs étrangers potentiels qui vont hésiter à passer commande de réacteurs dans un pays où l’on souhaite les arrêter.

Une entreprise face à un « mur d’investissements »

L’entreprise EDF est aujourd’hui largement endettée (37,4 milliards d’euros) et il lui faut tout à la fois financer le « grand carénage » des 58 réacteurs (de 51 à 100 milliards d’euros selon que c’est EDF ou la Cour des Comptes qui s’exprime), accroître les provisions pour faire face au coût du stockage (le coût de Cigéo a été fixé à 25 milliards d’euros par le ministère du Développement durable début 2016 contre 16 milliards précédemment) et à celui du démantèlement, financer le rachat d’Areva NP (2,7 milliards d’euros) et programmer le financement des deux réacteurs britanniques d’Hinkley Point (18 milliards de livres sterling soit 23 milliards d’euros). Tout cela à un moment où le prix spot du kWh s’effondre et où EDF a perdu 30% de ses clients industriels.

La valeur en bourse du cours de l’action EDF a chuté de 69% entre 2005 et 2016.

Toutes les « utilities » européennes sont d’ailleurs dans la même situation financière et leur capitalisation boursière n’a cessé de chuter. La valeur en bourse du cours de l’action EDF a chuté de 69% entre 2005 et 2016, passant de 32 euros (cours d’introduction) à moins de 10 euros. Du coup le « gearing » de l’entreprise (rapport « dettes nettes sur fonds propres ») s’est fortement dégradé puisque la valeur boursière d’EDF ne dépasse pas 22 milliards d’euros aujourd’hui. Fort heureusement, du fait de son caractère largement public, EDF est à l’abri d’une OPA inamicale mais il lui faut envisager de se délester d’un certain nombre d’actifs, notamment à l’international.

La vente d’une partie du capital de sa filiale RTE est une solution envisagée, mais il ne faut pas perdre de vue que les réseaux sont aujourd’hui un actif précieux qui est une source pérenne de revenus pour la maison-mère. A noter qu’EDF n’est pas la seule entreprise publique dans cette situation : la valeur des participations cotées de l’État est passée de 123 milliards d’euros en 2006 à 58 milliards d’euros en 2016, soit une chute de 52%.

Signalons tout de même que tous ces investissements seront étalés dans le temps : 20 ans pour le grand carénage, plusieurs décennies pour le démantèlement, un siècle pour Cigéo. Au prix actuel du marché de gros, aucun investissement dans la production d’électricité n’est rentable en Europe et cela peut à terme engendrer un risque de défaillance, notamment aux heures de pointe, surtout si la demande repart.

Caler de façon systématique les tarifs réglementés sur le coût complet du kWh est une nécessité.

La mise en place en 2017 d’un marché de capacité permettra de mieux rémunérer la puissance et de limiter ce risque mais cela ne suffira pas : il faut revoir le mécanisme de soutien aux renouvelables et réfléchir à de nouvelles règles de fonctionnement sur le marché de gros. Caler de façon systématique les TRV sur le coût complet du kWh est également une nécessité et l’on peut compter sur l’aide de la CRE dans ce domaine puisque c’est elle qui est maintenant en charge de proposer le juste niveau du TRV. Encore faut-il que l’avis de la CRE soit entériné par le gouvernement.

Un enjeu industriel stratégique

Investir dans le nucléaire britannique est aujourd’hui un enjeu stratégique pour EDFcomme pour la France. Le projet d’Hinkley Point sera financé par un mécanisme de « contrat pour différence » : le gouvernement britannique garantit un prix de 92,50 £ par MWh sur 35 ans (soit environ 115 euros/MWh) ce qui conduit à un taux de rentabilité interne de l’ordre de 10%. Le consortium constitué pour les deux tiers par EDF et pour un tiers par le chinois CGN (China General Nuclear) vendra l‘électricité au prix du marché de gros mais percevra une subvention publique correspondant à la différence entre le prix garanti et le prix du marché si ce prix de gros est inférieur à 92,50 £. Si le prix du marché est supérieur à ce seuil c’est le consortium qui versera la différence au gouvernement.

Cela ressemble au mécanisme du feed-in tariff tant décrié pour les renouvelables mais il existe une différence notable avec lui  et qui fait l’intérêt du système : en cas de prix élevés sur le marché de gros, c’est le contribuable anglais qui sera gagnant. Ce système est donc potentiellement moins pervers que l’autre. C’est aussi une façon de reconnaître que les nouvelles centrales nucléaires du type EPR dont la durée de fonctionnement dépassera 60 ans ont besoin d’un cadre réglementaire stable pour récupérer leurs coûts fixes. Les Anglais ont compris que le marché seul ne peut pas donner une visibilité à long terme aux investisseurs et qu’un minimum de régulation publique est nécessaire. Sauf bien sûr à accepter une forte volatilité des prix de l’électricité sur le marché de gros avec un risque élevé de défaillance aux heures de pointe si les investissements nécessaires ne sont pas au rendez-vous.

L’État doit jouer son rôle d’actionnaire et adopte une position claire sur les enjeux à privilégier.

Mais l’enjeu essentiel n’est pas là : Hinkley Point c’est l’occasion de relancer le nucléaire en Europe à un moment où le gouvernement britannique privilégie l’électricité « décarbonée » (renouvelable et nucléaire) et de conforter le partenariat avec les électriciens chinois dans un contexte où 26 réacteurs nucléaires sont aujourd’hui en construction en ChineLa relance du nucléaire à l’échelle mondiale est une réalité (68 réacteurs sont en construction) et la France ne peut pas se permettre de délaisser un tel marché d’autant qu’elle aura elle aussi besoin d’investir demain dans de nouveaux réacteurs. Dans le cas contraire, ce sont les concurrents chinois, coréens, russes, américains voire japonais qui occuperont l’espace. Il y va de la sauvegarde d’un secteur industriel majeur pour l’économie française. Le choix du nucléaire s’inscrit en outre tout à fait dans la préoccupation de lutter contre le réchauffement climatique.

Il ne faut donc pas sacrifier le long terme industriel sur l’autel des préoccupations financières de court terme mais cela requiert que l’État joue son rôle d’actionnaire et adopte une position claire sur les enjeux à privilégier. De nouvelles régulations sont nécessaires pour privilégier les sources d’énergie « bas carbone » et pénaliser les sources carbonées (via une taxe carbone élevée par exemple). Il faut surtout éviter d’adopter des règles du jeu qui génèrent des défaillances de marché et renouer avec plus de rationalité économique.

  • parue le 29 mars 2016

Areva : les EPR ont-ils encore un avenir ?

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ALLO DOCTEUR - Les déboires entourant les EPR ont plombé les comptes d'Areva. Ce bijou technologique peut-il encore se vendre à l'avenir ?

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 Il y a les projections… et la réalité. Plus puissant, plus sûr, plus économe, moins polluant, quand il est annoncé dans les années 1990, l'EPR (Evolutionary power reactor), avec son réacteur fonctionnant à eau pressurisée, bat tous les records de l'industrie nucléaire. De quoi donner des ailes au groupe français qui, au début des années 2000, projette la construction de 50 EPR dans le monde. Mais la réalité a rattrapé Areva. Alors que le groupe a annoncé mercredi 5 milliards d'euros de perte nette en 2014, aucun EPR ne fonctionne dans le monde en 2015 et seulement quatre sont en chantier : à Flamanville en France, à Olkiluoto en Finlande et deux à Taishan en Chine. Si ces derniers devraient être livrés dès septembre 2015, tous ont accumulé des retards et les coûts ont en conséquence grossi.

>> Areva peut-il encore compter à l'avenir sur le développement de cette technologie ?

Un EPR comme en Finlande ? Plus jamais. "Oui, l'EPR reste clairement d'actualité", annonce d'emblée un porte-parole d'Areva interrogé par Europe 1. Mais à certaines conditions. La première est de renoncer à être le maître d'œuvre des constructions de centrales. Areva a en effet eu avec l'EPR finlandais, commencé en 2005, les yeux plus gros que le ventre. En voulant à la fois fournir les pièces du réacteur et prendre en charge la construction sans être spécialisé dans ce domaine, il a accumulé les obstacles techniques. À la clef, un retard de 9 ans pour la livraison du réacteur, désormais prévue en 2018, et une facture qui est passée de 3 à 8 milliards.

À l'avenir, Areva souhaite donc se recentrer sur son cœur de métier. Les EPR de demain se feront donc sur le modèle de Flamanville  Areva se contente de livrer les pièces de la centrale et où un autre opérateur prend en charge la direction du chantier. 

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 © ANNE HAUTEFEUILLE / AFP

Royaume-Uni, Pologne, Arabie Saoudite. C'est ainsi qu'Areva a revu ses ambitions à la baisse avec aujourd'hui une petite demi-dizaine de projets. Le plus avancé est celui d'Hinckley Point, au Royaume-Uni, pour lequel la Commission européenne a donné son feu vert en octobre 2014. "Un accord sur ce projet a été signé par notre partenaire EDF et le gouvernement britannique en 2013, suivi d’un accord d’approvisionnement entre EDF et AREVA. La décision finale d’investissement est espérée d’ici à la fin 2015", explique le porte-parole d'Areva.

Et toujours avec EDF, "des équipes communes se sont constituées en Pologne et en Arabie Saoudite afin de présenter à l'avenir des projets d'EPR", avance-t-il. 

Le projet d'EPR en Inde est, pour sa part, mis entre parenthèse pour l'instant. Lancé en 2009, il bute sur le cadre réglementaire indien qui fait du constructeur de la centrale le responsable en cas d'accident. Une responsabilité qu'Areva ne souhaite pas endosser. 

La Chine, l'avenir de l'EPR ? Areva est aussi "en mesure de proposer, en partenariat avec EDF, deux EPR supplémentaires en Chine, toujours à Taishan", avance son porte-parole. L'Asie, futur radieux d'Areva ? Oui si l'on en croit Jan Horst Keppler, professeur d'économie à Paris Dauphine. "La demande pour de nouveaux réacteurs au total (tous types confondus, ndlr) est de 25 réacteurs environ en Chine", expose-t-il. "Ce pays est très demandeur en électricité et ne souhaite plus produire la majorité de son électricité à partir du charbon", estime-t-il. "Les Chinois sont confrontés à de gros problèmes de pollution et n'ont pas d'autres choix que de développer le nucléaire", précise-t-il. Le chiffre de 25 est donc "réalisable" selon Jan Horst Keppler

Les déboires des chantiers actuels ? L'économiste tempère : "Il faut faire la part des choses". "Dans ce genre de technologie, il y a ce que coûtent les premiers modèles et ce que coûtent les suivants quand ils sont produits en grand nombre", explique-t-il à Europe 1. Il y a donc "un effet de série" qui fait que "plus on construit", "moins ça coûte". Jan Horst Keppler assure que l'EPR, "un jour, ça fonctionnera, on ne sait juste pas combien de temps ça prendra". Sans compter que l'effet négatif de Fukushima se fait encore sentir sur l'industrie du nucléaire, comme Tchernobyl par le passé.

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 © PETER PARKS / AFP

Bientôt un EPR "nouveau modèle". Pour faire oublier les déboires passés et actuels de ses chantiers, Areva mise aussi sur son EPR NM (pour "nouveau modèle"), actuellement en cours de conception en partenariat avec EDF et qui devrait être dévoilé au printemps. 

Sa principale qualité ? Il sera moins cher qu'un EPR classique. "Son niveau de sûreté va rester inchangé mais son optimisation, conjointement avec EDF, vise à rendre sa construction plus simple", décrypte le porte-parole d'Areva. L'EPR NM, qui est le fruit d'"un retour d'expérience des chantiers en cours", pourrait notamment être proposé à la Pologne. 

Faire pareil mais en moins cher, voilà donc la stratégie d'Areva pour continuer à vendre l'EPR. D'autant plus que la concurrence est rude. En 2009, les Emirats arabes unis avaient déjà boudé son EPR pour privilégier l'offre du Coréen Kepco. Et à l'avenir, il lui faudra se méfier de la Chine. "Les Chinois vont bientôt lancer leur propre centrale nucléaire à l'exportation", avance le professeur d'économie Jan Horst Keppler. "Et au vu du prix auxquels ils proposent leurs biens aujourd'hui, on peut s'attendre à des prix attractifs", prédit-il.

Atmea, le petit frère de l'EPR. Si Areva peine à vendre ses composants EPR dans le monde, il pourra également miser sur son Atmea, "un réacteur de 3e génération qui fournit les deux tiers de ce que fournit un EPR", rapporte Jan Horst Keppler

Développé en partenariat avec le japonais MHI, il devrait voir le jour en Turquie les prochaines années sous forme de 4 réacteurs. "Notre partenaire MHI est en négociation exclusive avec la Turquie pour la vente de ce réacteur mais son implantation doit encore être validée par les autorités locales", annonce Areva. Moins audacieux mais bien moins cher que l'EPR, il peut permettre au groupe français de faire face à ces concurrents. "De conception récente, l'Atmea intègre des retours d’expérience des premiers chantiers d’EPR", indique Areva

L’EPR ou le péché d’optimisme d’un « réacteur d’ingénieurs »

Thierry Charles, directeur général adjoint de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire, pointe « une perte d’expérience » dans la réalisation des grands projets nucléaires.

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Sur le chantier de l’EPR de Flamanville (Manche), le 16 novembre 2016. CHARLY TRIBALLEAU / AFP.

 Directeur général adjoint de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), Thierry Charles revient sur les atouts et les difficultés de l’EPR, le réacteur de troisième génération.

L’EPR est présenté comme un réacteur plus sûr. Qu’a-t-il de plus que ses prédécesseurs ?

Il marque indéniablement une avancée en matière de sûreté, avec des exigences renforcées. Sa conception prend en compte l’accident nucléaire majeur, la fusion du cœur qui s’est produite à Fukushima en mars 2011, à la fois pour en réduire la probabilité d’occurrence et pour en limiter les conséquences. Il possède notamment un dispositif de récupération et de refroidissement du corium, le magma à très haute température et extrêmement irradiant qui serait formé par le combustible et le métal fondus lors d’un tel accident. Il est aussi équipé de quatre systèmes de refroidissement indépendants et de moyens redondants pour refroidir la piscine d’entreposage du combustible usé. Et il est doté d’une « coque avion » pour faire face à la chute d’un avion.

Mais s’il est plus sûr, l’EPR est aussi plus puissant : 1 650 mégawatts (MW) électriques, cela correspond à une puissance thermique très élevée, de 4 500 MW, intrinsèquement moins favorable à la sûreté. Nous sommes en présence d’une vitrine de la course à la puissance : « l’A380 du nucléaire ». Cela ne va pas dans le sens de la simplicité technologique. Bien que les systèmes de sûreté puissent s’y adapter, il serait raisonnable de ne pas poursuivre cette course qui complexifie les installations et leurs systèmes de conduite et de sûreté.

Ce nouveau réacteur a été conçu dans les années 1990 par Areva et Siemens, rejoints par EDF et les électriciens allemands. Cette coopération a-t-elle été bénéfique ?

La conception de l’EPR a été longue et a permis des avancées majeures de sûreté, mais son caractère binational a impliqué des choix de technologies qui n’étaient pas...

L’évaluation+du+concept+de+récupérateur+EPR

Au cœur du chantier le plus risqué d’EDF

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La construction de la centrale nucléaire de type EPR à Hinkley Point, à l’ouest de l’Angleterre, mobilise deux mille ouvriers 20 heures par jour7 jours sur 7. Un projet crucial pour l’électricien français sur les plans économique et stratégique.

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Le chantier de construction  de la centrale nucléaire de type EPR à Hinkley Point (Royaume Uni), le 31 août. HAN YAN /ZUMA/REA

Cette fois, après des années d’hésitation et d’annulation au dernier moment, le chantier a vraiment démarré. Sept jours sur sept, vingt heures par jour – de 6 h 30 du matin à 2 h 30 le lendemain – les ouvriers s’activent. Depuis un an, ils ont commencé les travaux d’une centrale nucléaire de type EPR à Hinkley Point, dans le Somerset, à l’ouest de l’Angleterre : deux réacteurs pour un total de 3 200 mégawatts, soit 7 % de la consommation d’électricité britannique. EDF, son constructeur et futur opérateur, y joue une large partie de son avenir.

Pour un chantier qui doit durer au moins huit ans, ce rythme effréné est hautement inhabituel, mais il n’y a plus une minute à perdre, pour que le calendrier soit respecté. « C’est le principal enjeu : tenir les délais que le conseil d’administration d’EDF juge acceptable », reconnaît dans un français impeccable Steven Heard, l’un des responsables du chantier.

Objectif : mise en service de la première tranche en 2025, et la seconde l’année suivante. Mais déjà, EDF a annoncé en juin qu’un retard de quinze mois était possible. « Ce ne sera jamais terminé en 2025, plutôt en 2027 », témoigne un très bon connaisseur de ce projet nucléaire. Quant au budget, il doit être de 19,6 milliards de livres (22 milliards d’euros), un dépassement de 1,5 milliard de livres par rapport à l’annonce de septembre 2016, lors du lancement du chantier.

Course contre la montre

Pour éviter les coûts pharaoniques, le travail de nuit se limite à « l’îlot nucléaire », là où se trouvera le réacteur. Un disque de béton de 45 mètres de diamètre y a déjà été coulé. Plusieurs millions de mètres cubes de terre ont été creusés, et à perte de vue se trouvent pelleteuses, grues et énormes camions de cent tonnes. Le premier béton du réacteur sera coulé en mai 2019.

Les va-et-vient des deux mille ouvriers présents sur place marquent le début d’une course contre la montre. Mais quels que soient les défis...

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Areva : le chantier finlandais encore en retard..

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Un nouveau report a été annoncé pour la mise en service de l’EPRd’Olkiluoto, désormais prévue en mai 2019, et non à la fin de 2018.

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Le chantier de l’EPR d’Olkiluoto (sud-ouest de la Finlande), en mars 2010. JACQUES DEMARTHON / AFP

Le chantier du réacteur nucléaire finlandais d’Areva n’en finit plus d’accuser du retard. Son client, l’électricien finlandais Teollisuuden Voima (TVO), a annoncé, lundi 9 octobre, un nouveau report de la mise en service de l’EPR d’Olkiluoto (OL3). Elle est désormais prévue en mai 2019 (et non plus à la fin de 2018) alors qu’à la signature du contrat (2003), puis au lancement des travaux (à la mi-2005), le démarrage était prévu en... 2009. Un retard qui a entraîné un triplement du devis initial pour un coût final de l’ordre de 9 milliards d’euros, et la saisine d’une cour d’arbitrage internationale.

Chez Areva, on confirme que la mise en service commerciale est désormais prévue en mai 2019. Le chargement du combustible (uranium enrichi) se fera en août 2018 et la connexion au réseau électrique en décembre, les essais et la montée en puissance prenant encore quatre mois. Le constructeur français explique ce retard par les analyses des retours d’expérience plus longues que prévu et par le temps de formation des opérateurs de la centrale.

Ces justifications n’ont pas apaisé le consortium finlandais. « TVO a été informé par le constructeur du site, le consortium Areva-Siemens, d’une révision du calendrier du chantier, souligne-t-il dans un communiqué.  « Nous sommes très déçus par ce nouveau délai, a pour sa part réagi le responsable du projet, Jouni SilvennoinenIl reste un travail substantiel à accomplir sur le chantier et il est essentiel que toutes les ressources techniques, humaines et financières soient engagées. »

Principale crainte exprimée depuis plus de deux ans par TVO : l’éventuel impact négatif de la refonte de la filière nucléaire française. « Cette restructuration ne doit pas compromettre le chantier de l’EPR », a prévenu M. Silvennoinen. Areva NP, fabricant des réacteurs EPR, doit être racheté par EDF à la fin de 2017.

Appel auprès de la Cour de justice de l’UE

 Mais le groupe d’électricité français refusant de porter l’énorme risque d’OL3, celui-ci sera cantonné dans Areva SA, recapitalisé de 2 milliards pour la circonstance. Les Finlandais n’en soupçonnent pas moins Areva SA ne pas donner assez de moyens pour achever la construction – un soupçon démenti, côté français.

TVO a annoncé, le 13 septembreavoir formé un appel auprès de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) contre la décision de la Commission d’autoriser cette restructuration et cette recapitalisation d’Areva sur fonds publics.

En attendant la mise en service du réacteur, un lourd contentieux oppose toujours TVO et Areva devant la Chambre de commerce international (CCI). Le premier réclame 2,6 milliards d’euros de dédommagements pour les retards et surcoûts accumulés au fil des années ; le second impute ces retards aux Finlandais, notamment aux lenteurs de l’autorité de sûreté nucléaire locale, et demande 3,4 milliards.

La CCI a pris, en 2016 et 2017, deux décisions partielles en faveur de la société finlandaise, a indiqué TVO. La balance penche « en faveur de TVO », avait alors affirmé son directeur général adjoint, Risto Siilos. Pour autant, la cour arbitrale ne statuera pas sur la question des montants réclamés par chacune des deux sociétés avant le début de 2018.

Mais les agences de notation ont mis Areva SA sous surveillance. Fin septembre, SP Global Ratings a abaissé sa note à « B - », jugeant l’entreprise exposée à un « risque accru » dans l’arbitrage l’opposant à TVO.

Areva dans le bourbier de l'EPR finlandais

Un nouveau retard pour la mise en service de l’EPR d’Olkiluoto en Finlande complexifie encore la tâche d’Areva SA, la nouvelle entité dédiée principalement à la fin du chantier.

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Initialement prévue pour 2009, la mise en service de l’EPR finlandais a été reportée à 2019.

A ce rythme-là, l’EPR de Flamanville (Manche) va être mis en service avant celui d’Olkiluoto en Finlande. Le 9 octobre, le consortium Areva-Siemens a informé l’électricien finlandais Teollisuuden Voima Oyj (TVO) qu’il reculait encore la connexion au réseau du réacteur à mai 2019. Il était initialement prévu pour 2009 ! Et l’avant-dernier report fixait l’issue de la période de test à fin 2018. Après dix ans de dépassement et 5 milliards d’euros de surcoût, le consortium Areva-Siemens et l’électricien finlandais TVO s’accusent mutuellement du retard. Le premier réclame 3,5 milliards d’euros d’indemnités à TVO, qui le poursuit pour 2,6 milliards.

Et l’affaire est plutôt mal engagée pour Areva-Siemens. Fin 2016, TVO a bénéficié d’un arbitrage partiel de la Chambre de commerce internationale en sa faveur et d’un autre en juillet 2017. Les décisions finales sont attendues pour début 2018. S’il est confirmé en défaveur d’Areva, les 2 milliards d’euros d’augmentation du capital d’Areva SA dans le cadre du plan de sauvetage pourraient ne pas suffire. Avant même l’annonce du cinquième report, fin septembre, l’agence de notation financière S & P Global Ratingsabaissait la note d’Areva à B -, jugeant que le groupe faisait face à un « risque accru » dans l’arbitrage en cours. « Areva n’avait plafonné ni limité dans le temps les indemnités de retard, rappelle Nicolas Goldberg, un expert énergie de Colombus Consulting. Et les retards sont à 100 % imputables à Areva. » De fait, Areva n’aurait livré que la moitié des plans trois ans après le début du chantier en 2005 !

Développé à partir de 1990 et commercialisé depuis 2000, l’EPR n’avait jamais été construit. Anne Lauvergeon voulait une tête de série au plus vite pour le réacteur français. En 2005, elle a décidé d’aller sans EDF en Finlande. Or, Areva n’avait jamais géré un tel chantier et le contrat de 3 milliards d’euros prévoyait un délai de réalisation exagérément bref, selon les spécialistes. TVO, qui craint qu’Areva SA, dont l’effectif n’est pas encore connu, ne dispose pas de toutes les ressources nécessaires pour assurer la fin du chantier, a déposé un recours auprès de la Commission européenne. Cette dernière a néanmoins autorisé le plan de sauvetage sans condition en mai dernier. 

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Accident nucléaire : l’EPR, le réacteur le plus dangereux au monde !

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La France s’apprête à construire un nouveau réacteur nucléaire, l’EPR, sur le site EDF de Flamanville dans la Manche. Comme tout réacteur, l’EPR va générer des risques qui vont s’ajouter à ceux du parc nucléaire actuel. C’est ce risque que Greenpeace a voulu étudier en détails en commanditant une étude à un expert de renommée internationale, spécialisé dans le risque nucléaire : John Large.

Le risque d’accident lié à la technologie nucléaire est loin d’être nul, bien qu’il soit systématiquement minimisé par EDF et les autorités. L’étude montre aussi que l’EPR, dernier né des réacteurs, sera le plus dangereux au monde, de par sa puissance et l’utilisation d’un combustible spécial au plutonium.*

 * Des essais de ce type et avec ce combustible avaient déjà été effectués auparavent aux Etas-Unis..

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Photo ci-dessus schéma explicatif.

(lorsque tout se passe bien ou..devrait se passer bien, c'est-à-dire pas comme à Fukushima, le corium s'écoule dans le bassin inférieur et y reste prisonnier..)

L’évaluation+du+concept+de+récupérateur+EPR

Si l’on regarde bien, on est..à peu de chose près, dans la même configuration et le même cadre de cet accident tragique de..Fukushima.. !!!

Bilan et perspectives..

 

Situation internationale

Les perspectives de l'EPR dans le monde dans les années à venir

 

Si à l'heure actuelle chaque pays est libre de sa politique énergétique et que ni l'Europe, ni des accords internationaux n'imposent de choix, la situation internationale n'en est pas moins importante. En effet, elle joue un rôle primordial de deux façons.

Tout d'abord du point de vue économique, la rentabilité de la filière nucléaire et surtout des investissements de l'état et d'entreprises telles Areva dépend grandement de l'exportation de la technologie à l'étranger. Or cette exportation est tributaire des choix publics (et désormais également privés) faits dans d'autres états. De l'exportation possible de l'EPR dépend une partie de sa viabilité économique.

Ensuite d'un point de vue plus symbolique, le choix des autres pays revêt une importance non négligeable en ce qui concerne l'orientation des décisions. En effet, si quelques paramètres varient d'un pays à l'autre, les conditions dans lesquelles les choix sont faits sont assez équivalentes et si une décision est prise dans un grand nombre de pays, c'est certainement qu'il y a de bonnes raisons pour ça. En clair, dans un sujet aussi polémique, il n'est pas bon être seul dans son camp.

On pourrait croire que l'étude du contexte international se limite à un simple constat. Il n'en est rien et le sujet est grandement sujet à controverse selon la position que l'on adopte. Selon les opposants à l'EPR, la France est isolée dans sa voie nucléaire et selon ses défenseurs il s'agit d'un projet d'avenir qui intéresse de nombreux pays.

Du côté des pro-EPR, le potentiel international est très vaste. Selon eux, la transition entre la deuxième et la troisième génération a déjà débuté depuis quelques années avec les 5 derniers réacteurs N4 construit en France ainsi que les dernières unités mises en service au Japon en 97. Le CEA prévoit le déploiement des réacteurs de troisième génération de 2000 à 2040 avec des perspectives mondiales très larges. Selon Didier Beulier, directeur des études économiques et prospectives chez Areva : « A l'horizon 2040-2050, nous pensons que l'énergie nucléaire pourrait représenter 20 à 30% de l'énergie primaire ». Cette prévision surprenante (elle correspond à 10 fois le parc actuel situation actuelle du nucléaire dans le monde) et tranche avec celle de l'Agence Internationale de l'Energie selon qui la puissance nucléaire mondiale installée devrait passer de 360GW aujourd'hui à 320GW en 2020.

Au niveau mondial, l'Australie et l'Amérique du Sud penchent vers un non-renouvellement du parc nucléaire. La situation des Etats-Unis est plus controversée puisque si le pays tend vers un maintien de sa capacité plus que pour une augmentation, il semblerait que la reprise de la construction de centrales s'amorce après des années d'atonie. La Chine, l'Inde et la Russie veulent développer le nucléaire mais actuellement seule la Chine semble en avoir les moyens.

En Europe, la situation semble être en défaveur du nucléaire. Selon Loyola de Palacio, présidente de la commission européenne et ouvertement pro-nucléaire, l'Europe ne pourra pas se passer du nucléaire pour son approvisionnement en énergie, mais actuellement l'Union Européenne n'a pas le pouvoir d'influer fortement sur les décisions énergétiques des états membres (même si à terme son rôle est voué à augmenter dans ce domaine).

D'après Sylvain David, chargé de recherche au CNRS, « pour nos collègues européens, imaginer que l'on assiste à une relance du nucléaire dans leur pays parait quelque chose de complètement improbable, en raison du très faible niveau d'acceptabilité sociale de cette filière. » En effet, la majeure partie des états européens semble être décidée à sortir à terme du nucléaire, ce qui pourrait isoler la France en cas de reprise de la construction des centrales. Cependant, ces projets sont bien souvent reportés et la fin du nucléaire européen n'est pas encore pour aujourd'hui (cf. la part future du nucléaire en Europe). De plus, le groupe privé finlandais TVO vient de signer un accord avec Areva et Siemens pour « commander » une centrale EPR (le projet EPR finlandais), argument utilisé par les partisans de l'EPR pour montrer que la France n'est pas forcément isolée si elle décide de se lancer dans la troisième génération de centrales.

La part future du nucléaire en Europe

En Allemagne, où le nucléaire fournit un tiers de l'électricité, le retrait du nucléaire est prévu pour 2020 sur une base de durée de vie de 32 ans pour ses centrales, même si les autorités font régulièrement machine arrière au sujet de la sortie du nucléaire. De plus, le gouvernement est très fermement anti-EPR et cherche à dissuader ses entreprises (comme par exemple Siemens) de participer au programme, en brandissant la menace d'un boïckot de la population. Au Royaume-Uni, le parc sera réduit de moitié en 2020 et aucune relance n'est évoquée avant 2050. La Suède avait prévu dans les années 80 de fermer ses centrales en 2010, date aujourd'hui reportée. L'Espagne n'a pas prévu de relance du nucléaire et la première centrale fermera dès 2006. En Belgique, les centrales seront fermées après 40 ans de service, en 2015 pour les premières et en 2025 pour les dernières. En Italie, les centrales sont toutes fermées depuis les années 90. Les autres pays de l'ancienne Europe des 15 n'ont quant à eux jamais eu de centrales nucléaires. A l'inverse, l'Europe de l'Est représente un fort potentiel de développement pour les réacteurs de troisième génération car ils auront besoin de remplacer le parc soviétique obsolète. 5 des 10 nouveaux pays membre ont en effet un parc nucléaire important. La Finlande représente également un cas à part (cf. le projet EPR finlandais).

 

Ainsi, les opposants aux projets citent principalement l'exemple de nos voisins directs qui cherchent majoritairement à sortir du nucléaire, tandis que ses défenseurs s'appuient sur le retard que prend cette sortie, sur l'exemple finlandais, ainsi que sur les perspectives de développement à long terme en Asie ou dans les pays du Tiers-Monde. La situation sur ce point est donc contrastée et la polémique dure.

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Les centrales nucléaires dans le Monde. Source : Agence internationale de l'énergie.

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Les Centrales Nucléaires dans le Monde..

Le cas de Fukushima..

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 Photo ci-dessus vue en coupe de l’un de ces réacteurs de Fukushima.

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Le cas du réacteur n°2 de la centrale de Fukushima – Daichi..

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Depuis, rien n’est résolu..

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D’où le problème de l’accident tragique de la centrale de Fukushima Daichi !!!

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Photo ci-dessus de l’explosion à la centrale de Fukushima – Daichi.

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Les fuites, le nuage, les radiations, mais pas que..

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Photo ci-dessus des zones de radiations relevées et annoncées.

Radiation but not low radiation !..

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Le nuage radio-actif et sa propagation dans l’atmosphère immédiat proche et lointain..

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Comme si l’accident de la centrale nucléaire de Tchernobyl n’avait pas suffit apparemment..

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Photo ci-dessus dessous de la cuve du réacteur.

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Photo ci-dessus - IRSN - salle de chargement- Tchernobyl.

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Photos ci-dessus ( les trois) du fameux "pied d'éléphant" du à l'écoulement du "corium" dessous la cuve du récteur.

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Photos ci-dessus de la salle des contrôles de la centrale de Tchernobyl avant l'accident et catastrophe..

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Photos ci-dessus de la salle des contrôles de la centrale de Tchernobyl longtemps après le tragique accident et cette catastrophe.

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Photo ci-dessus d’une carte de cette région d’Ukraine, et avec la localisation de la centrale de Tchernobyl.

(on pourra remarquer sur cette même carte les différentes zones en risques..)

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L’extension du nuage radio-actif de Tchernobyl..

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Comme l’on peut voir, sur les deux photos ci-dessus, le nuage radio-actif ne s’est pas arrêté juste au-dessus de la frontière, comme avait dit, à l’époque, un certain..François Mitterrand..

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Photo ci-dessus avec la même carte mais "truquée" ou "tronquée" pour l'extension du nuage comme des zones atteintes..

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La ville de Tryptiat..

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Le départ de toute cette affaire, en parlant des centrales nucléaires à travers le Monde..

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Tout est parti du fameux projet « Manhattan » voulu par les Américains..

 

Le projet « Manhattan »..

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Photographie en couleur de la première explosion nucléaire lors de l'essai Trinity le 16 juillet 1945 à Alamogordo au Nouveau-Mexique.

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Robert Oppenheimer et Leslie Richard Groves sur le site de l'essai Trinity en septembre 1945. Les sur-chaussures blanches empêchaient les particules radioactives de s'accrocher aux semelles de leurs chaussures41.

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Emblème non officiel du projet Manhattan.

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Organigramme du projet Manhattan, 1er mai 1946.

 

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Écusson d'épaule qui fut adopté par le Manhattan District en 1945.

Projet Manhattan est le nom de code du projet de recherche qui produisit la première bombe atomique durant la Seconde Guerre mondiale. Il fut mené par les États-Unis avec la participation du Royaume-Uni et du Canada. De 1942 à 1946, il fut dirigé par le major-général Leslie Richard Groves du corps des ingénieurs de l'armée des États-Unis. Sa composante militaire fut appelée Manhattan District et le terme « Manhattan » remplaça graduellement le nom de code officiel, Development of Substitute Materials, pour désigner l'ensemble du projet. Au cours de son développement, le projet absorba son équivalent britannique, Tube Alloys.

Le projet Manhattan commença modestement en 1939 mais il finit par employer plus de 130 000 personnes et coûta près de 2 milliards de dollars américains en 1945, soit environ 26 milliards de dollars en 2013. Plus de 90 % des frais furent consacrés à la construction des usines et à la production des matériaux fissiles et moins de 10 % au développement et à la fabrication des armes. Les travaux de recherche et de production se déroulèrent sur plus de trente sites, certains étant secrets, aux États-Unis, au Royaume-Uni et au Canada. Deux modèles d'armes furent développés durant la guerre. Dans le premier modèle, dit de type canon, un bloc d'uranium était projeté sur un autre pour déclencher une réaction en chaîne. Les blocs étaient composés d'uranium 235, un isotope comptant pour 0,7 % de l'uranium naturel. Comme il était chimiquement similaire à l'isotope le plus abondant, l'uranium 238, et avait presque la même masse, leur séparation fut difficile. Trois méthodes furent employées pour enrichir l'uranium : la séparation électromagnétique, la diffusion gazeuse et la diffusion thermique. L'essentiel de ces opérations fut réalisé au Laboratoire national d'Oak Ridge dans le Tennessee.

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En parallèle des travaux sur l'uranium, des recherches furent menées pour produire du plutonium. Des réacteurs furent construits au laboratoire national de Hanford dans l'État de Washington pour irradier l'uranium et le transmuter en plutonium. Ce dernier était ensuite séparé chimiquement de l'uranium. Le principe du canon employé pour le premier modèle d'arme ne pouvait pas être utilisé avec le plutonium et un modèle plus complexe fut développé dans lequel la réaction en chaîne était déclenchée par l'implosion du cœur de l'arme. Les travaux de conception et de fabrication des composants furent menés auLaboratoire national de Los Alamos dans le Nouveau-Mexique. L'arme au plutonium fut testée pour la première fois lors de l'essai Trinity réalisé le 16 juillet 1945 à Alamogordo au Nouveau-Mexique. Les bombes Little Boy à l'uranium et Fat Man au plutonium furent respectivement utilisées lors des bombardements atomiques d'Hiroshima et Nagasaki.

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Le projet Manhattan était étroitement contrôlé et hautement secret mais des espions soviétiques parvinrent à s'infiltrer dans le programme. Il fut également chargé de rassembler des informations sur les recherches atomiques allemandes et, dans le cadre de l'opération Alsos, des personnels du projet Manhattan servirent en Europe, parfois derrière les lignes ennemies, pour rassembler des matériels de recherche et des scientifiques allemands. Dans l'immédiate après-guerre, le projet réalisa des essais sur l'atoll de Bikini dans le cadre de l'opération Crossroads, développa de nouvelles armes, promut le réseau des laboratoires nationaux du département de l'Énergie des États-Unis, soutint la recherche médicale dans le domaine de la radiologie et posa les bases de la propulsion nucléaire navale. Il conserva le contrôle de la recherche et de la production des armes nucléaires américaines jusqu'à la formation de la Commission de l'énergie atomique des États-Unis en janvier 1947.

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Réunion du comité S-1 en septembre 1942. De gauche à droite, Harold Clayton UreyErnest Orlando LawrenceJames Bryant ConantLyman James BriggsEger Murphree et Arthur Compton.

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Différents assemblages pour une bombe à fission explorés lors de la conférence de juillet 1942.

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Quelques sites américains et canadiens ayant joué un rôle important dans le projet Manhattan. Cliquez sur les emplacements pour plus d'informations*.

 

* uniquement en accédant directement au site..

 Le projet « Manhattan » était inscrit dans la conception stratégique de la bombe nucléaire, à partir d’uranium enrichi fabriqué dans des centrales nucléaires.

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Voilà pourquoi et du fait de ce projet et de l’élaboration de l’arme nucléaire, il y a eu, tout d’abord, la construction de nombreuses centrales nucléaires aux Etats-Unis, ce qui, par là même, avec l’influence de Américains, puis de nombreux « lobbyistes » dans le domaine, on a imposé les centrales nucléaires à l’uranium enrichi, et non pas la forme possibilité de mettre en place des centrales, non pas nucléaires, mais avec du « Thorium » et avec le principe dit des sels liquides.

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C’est le projet « Manhattan » et cette entreprise secrète de création et réalisation de la bombe nucléaire, appelée ensuite – l’Arme nucléaire qui a évincé l’emploi et la mise en place de centrales au Thorium

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Les « lobbyistes » du nucléaire avaient d’ailleurs été nommés « les  Barons du nucléaire » et qui ont permis et fait perdurer cela..

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Les ingénieurs oubliés de la bombe
Le savoir-faire de l'industrie chimique a été au coeur du projet Manhattan

Le récit traditionnel de l'histoire du projet Manhattan réserve les premiers rôles aux grands noms de la physique nucléaire. Mais comment, après un demi-siècle de recherche fondamentale, est-on passé de la première pile expérimentale en décembre 1942 aux bombes qui, moins de trois ans plus tard, explosent au-dessus d'Hiroshima et Nagasaki Comment a-t-on réussi à faire travailler ensemble des dizaines de milliers de personnes, à faire sortir de terre en quelques mois des usines géantes, à maîtriser rapidement de nouvelles technologies La culture industrielle nécessaire n'est pas sortie du néant elle a été forgée au cours d'un demi-siècle d'apprentissage de la production de masse dans l'industrie chimique, principalement chez Du Pont de Nemours.

Début août 1945, les flashs aveuglants qui dévastent Hiroshima et Nagasaki font passer le projet Manhattan du secret absolu à la une de l'actualité. Une semaine après ces explosions atomiques, le portrait du charismatique J. Robert Oppenheimer orne la couverture de Life Magazine. Avec lui, les physiciens nucléaires entrent dans l'histoire(1).

Pourtant, le projet Manhattan ne fut-il qu'une affaire de recherche de pointe en physique nucléaire ? N'a-t-il pas été également, à partir de 1943 surtout, un programme industriel, impliquant en particulier une grande firme chimique américaine, Du Pont de Nemours ? Pourquoi les acteurs de l'époque, comme les historiens, ont-ils mis l'accent sur ses aspects scientifiques et gardé un relatif silence sur ses aspects industriels ?

Au moment où, fin octobre 1942, le général Groves, récemment nommé à la tête du projet Manhattan, prend contact avec les dirigeants de Du Pont pour leur parler d'un sujet " de grande importance militaire pour les Etats-Unis ", le projet atomique n'est pas tout à fait inconnu des dirigeants de la firme chimique. Depuis juillet, quelques ingénieurs de Du Pont travaillent en effet au laboratoire métallurgique* de l'université de Chicago. jusque-là, il ne s'agissait toutefois que de prêts d'employés et non d'un engagement de la firme chimique en tant que telle.

Or, fin 1942, le projet Manhattan est à un tournant critique. La première étape, celle des petits comités et des équipes de chercheurs dispersées dans plusieurs universités, celle d'un rôle discret de l'armée appuyée par des firmes d'ingénieurs-consultants, est en passe de s'achever. Inquiet, Groves s'interroge sur la faisabilité de la bombe et l'organisation du projet. Il comprend vite que la production en quantité significative de matériaux fissiles (uranium 235 et plutonium)* est une tâche industrielle de grande ampleur. Et il est convaincu qu'elle ne s'accomplira pas dans des laboratoires universitaires sous la gouverne des scientifiques, mais dans des usines qu'il faudra construire de toutes pièces, avec une main-d'oeuvre qu'il faudra organiser sous la houlette d'ingénieurs et de managers expérimentés.

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En 1946, quelques-uns des principaux acteurs du projet Manhattan sont réunis à l'occasion de la nomination d'Arthur Compton en tant que Chancelier de l'université de Washington à Saint Louis. Assis, de gauche à droite : Général L. R. Groves, Vannevar Bush, Enrico Fermi, Colonel K D. Nichols, George B. Pegram, Lyman J. Briggs. Debout : Charles Thomas, James B. Conant, Arthur Compton, Eger V. Murphree et Crawford H. Greenewalt. (ClichéHagleyMuseum and Library)

Pour passer à une étape industrielle, il décide donc de faire entrer en scène les grandes entreprises* qui disposent du savoir-faire nécessaire. Du Pont est convoquée, au nom des intérêts supérieurs du pays.

Fin 1942, l'issue de la guerre est très incertaine, l'heure est grave, et nul ne peut ignorer les pressions patriotiques. Pourtant, c'est avec réticence que la firme chimique s'engage dans le projet. Ses dirigeants font valoir que Du Pont n'a aucune expérience en physique nucléaire et qu'ils ne connaissent rien au plutonium. Groves répond que la seule entreprise capable de concevoir, de construire et d'opérer une usine de production de plutonium est bel et bien Du Pont. N'est-elle pas la seule grande firme chimique qui, grâce à son département d'ingénierie, a prouvé qu'elle était capable de construire ses propres usines et équipements ? Ce savoir-faire n'avait évidemment pas échappé à Groves, un ingénieur du Génie orfèvre en la matière (il avait supervisé la construction du Pentagone).

Du Pont n'accepte de signer le contrat qu'à la condition de ne tirer aucun profit de l'opération. L'entreprise se verra remboursée de ses frais, plus un dollar symbolique par an. Du Pont, qui avait gardé de très mauvais souvenirs d'une commission d'enquête du Congrès sur ses énormes profits accumulés pendant la Première Guerre mondiale, estime nécessaire de parer à toute critique future. On explique en effet aux dirigeants de la firme que la bombe en préparation serait d'une puissance inouïe, que les dégâts qu'elle causerait seraient irrémédiables pour l'ennemi, et que sa fabrication même n'est pas exempte de risques majeurs pour les employés et pour la population.

Lorsque Arthur Compton informe ses collègues physiciens de l'entrée de Du Pont dans le projet, il déclenche une " quasi rébellion "

Le contrat que Du Pont signe avec l'armée américaine, le 21 décembre 1942, stipule que l'entreprise est en charge de la construction et de l'opération de la future usine de plutonium. Mais lorsque Arthur Compton, le directeur du laboratoire métallurgique de l'université de Chicago, informe ses collègues physiciens de l'entrée de Du Pont dans le projet, il déclenche"une quasi rébellion ", ainsi qu'il le rappelle dans ses mémoires(2). De nombreux physiciens estiment qu'ils sont tout à fait capables de s'occuper seuls des tâches de développement et de construction. De surcroît, Du Pont représente à leurs yeux le big business le plus repoussant : une entreprise réputée cynique et âpre au gain. Crawford Greenewalt, à l'époque ingénieur et bientôt président de la firme, se souvient du sentiment de nombreux physiciens à l'égard de Du Pont : " Ils pensaient qu'on était là pour les exploiter et faire de l'argent avec l'énergie atomique(3). "

La première étape consiste à s'organiser. Une nouvelle division, la division TNX, est créée au sein de Du Pont (TNX est un nom de code). Deux grandes tâches lui sont assignées : d'une part la construction d'une usine-pilote destinée à tester les procédés, à Oak Ridge, dans le Tennessee ; d'autre part la construction de l'usine de production de plutonium, à Hanford, dans l'Etat de Washington, pour produire les quelques kilogrammes de matériau fissile nécessaires à une bombe atomique.

La capacité d'organisation de Du Pont, caractérisée par une structure décentralisée et multidivisionnelle, est alors une référence pour toute l'industrie américaine(4). Elle s'avère très adéquate pour une collaboration entre partenaires militaires et civils. Une structure décentralisée permet en effet d'ajouter rapidement un département ou une division en fonction du produit à fabriquer. Par ailleurs, TNX, à l'instar des autres divisions, est autonome et dotée de son organisation propre, ce qui lui permet de fonctionner dans la plus grande discrétion, à l'insu de qui n'est pas directement concerné. TNX est elle-même séparée en deux sous-divisions: la division technique et la division fabrication(5).

La division technique, qui ne compte qu'une demi-douzaine d'ingénieurs, parfois un peu plus, est en charge de maintenir des liens avec l'université de Chicago et d'interpréter les données techniques nécessaires au travail. Elle sert de liaison entre les physiciens et les ingénieurs de la division fabrication. Car il faut bien traduire en langage d'ingénieur les équations des physiciens. Le manager de cette division est C. Greenewalt, un jeune ingénieur chimiste qui passe effectivement la moitié de son temps à Chicago. La division fabrication est en charge des aspects de conception et de construction des équipements (usine, réacteurs, etc.). Elle travaille en liaison étroite avec la division technique et le département d'ingénierie qui a pour fonction principale le recrutement et la formation du personnel. Le 1er février 1943, TNX compte 44 employés ; ils sont 90 le 1er mars, 200 à la fin de l'année. Il faut y ajouter quelques centaines d'employés du département d'ingénierie, directement affectés au projet Manhattan. En outre, 392 employés de Du Pont sont prêtés à l'université de Chicago et son " laboratoire métallurgique ".

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Quelques mois après les explosions des bombes dans le ciel japonais, Walter Carpenter, président de Du Pont (à droite), visite les installations de Hanford : tel un chef de clan, celui des Du Ponters, il pose avec ses hommes devant l'objectif du photographe. (Cliché Hagley Museum and Library)

 Les dirigeants de Du Pont choisissent leurs ingénieurs d'élite, aux compétences gestionnaires ou scientifiques reconnues. Dans les années 1930, tous avaient travaillé sur des problèmes physiques et physico-chimiques (transferts de chaleur, thermodynamique, séparation chimique) liés aux procédés de chimie des hautes pressions qui interviennent dans la fabrication de l'ammoniac et des produits intermédiaires du nylon(I). Le développement du nylon, en particulier, leur avait fourni l'occasion de travailler ensemble et de développer de nouvelles méthodes gestionnaires et techniques. Ce savoir-faire trouve son emploi lors de la conception des réacteurs nucléaires et des usines afférentes. Ces ingénieurs chimistes partagent la même manière de considérer les problèmes de production, le même goût pour la formalisation scientifique. Ils sont sûrs d'eux, fiers de leur capacité à mener à bien des projets lourds. Grâce à leur expérience en chimie des hautes pressions, ils se trouvent, avec le nucléaire, sur un terrain qui n'est pas entièrement inconnu, même si la radioactivité et l'extrême toxicité du plutonium soulèvent des problèmes inédits.

Le général Groves se sent plus proche des ingénieurs et de leurs méthodes que des physiciens et de leur savoir ésotérique

La question de la répartition du travail entre ingénieurs de Du Pont et physiciens de Chicago se pose sur le mode conflictuel dès le début de leur partenariat. Le premier différend porte sur le site de l'usine-pilote. Les scientifiques de Chicago souhaitent qu'il soit implanté à proximité de Chicago, à Argonne. Enrico Fermi veut également conserver la pile d'essai (celle qui a servi à la première réaction en chaîne, le 1er décembre 1942) sur le campus de Chicago. Les ingénieurs de Du Pont font valoir qu'une pile nucléaire sur un campus universitaire est trop dangereuse, et qu'en outre le site de la forêt d'Argonne est trop exigu pour l'usine-pilote. Un compromis est trouvé : la pile de Fermi déménagera à Argonne tandis que l'usine-pilote sera installée dans le Tennessee. Les travaux commencent le 22 février 1943 et progressent tout au long de l'année1943. Le chantier est situé dans un site isolé, à proximité du lieu-dit de Oak Ridge, à une vingtaine de kilomètres de Knoxville. L'ensemble des travaux est supervisé par les ingénieurs et par une équipe de physiciens de Chicago : celle-ci, initialement installée au siège de Du Pont à Wilmington (Etat du Delaware) est transférée dans le Tennessee en août 1943. Fin novembre 1943, l'usine-pilote commence à fonctionner. Début 1944, les premiers grammes de plutonium peuvent être envoyés à Chicago et à Los Alamos*, là où la conception des bombes est étudiée sous la direction d'Oppenheimer.

Parallèlement à l'usine-pilote, se profile le plat de résistance : la construction de la grande usine de production de plutonium. Le physicien Eugene Wigner veut s'occuper des plans. Greenewalt fait alors remarquer que telle n'est pas la pratique habituelle chez Du Pont : ce sont les ingénieurs qui prennent en charge la construction, quitte à demander des informations aux scientifiques. Mais cela ne convient guère aux physiciens, convaincus que la bureaucratie de Du Pont paralysera le projet, que les ingénieurs passent trop de temps sur les questions de sécurité et que rien ne sera prêt à temps par leur faute. Mais ils se rendent rapidement compte que Du Pont ne l'entend pas du tout de cette oreille et que, de fait, le pouvoir change de mains. C'est du reste le souhait de Groves, qui se sent plus proche des ingénieurs et de leurs méthodes que des physiciens et de leur savoir ésotérique. Pour Greenewalt, les physiciens n'ont pas été des partenaires faciles, ainsi qu'il le confie : " Szilard et Wigner souffraient d'une maladie commune chez les gens brillants, en particulier les physiciens : parce qu'ils sont brillants dans leur spécialité, ils pensent qu'ils le sont en tout. Wigner n'aurait pas hésité un instant à nous expliquer comment gérer Du Pont. En fait, tous les problèmes - et il y en avait vraiment beaucoup - venaient du fait qu'ils pensaient être plus savants que nous(6). "

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Les ouvriers du chantier sont logés dans plusieurs milliers de maisons préfabriquées, construites à quelques kilomètres au sud des usines nucléaires le climat est rude (étouffant l'été, glacial l'hiver) et les vents de sable fréquents. (Cliché Hagley Museum and Library)

 Les rapports techniques des ingénieurs de Du Pont doivent être approuvés par les scientifiques de Chicago. Des désaccords surviennent fréquemment et les rapports font la navette jusqu'à ce qu'un accord final soit conclu. Les ingénieurs de Du Pont se plaignent régulièrement de ce que les physiciens " détestent s'occuper des plans qu'on leur envoie ". L'ingénieur s'exprime au moyen du plan, figuration du produit ou du procédé envisagé. Le plan établit une connivence entre ingénieurs, il soude une communauté technique et exclut ceux qui n'en parlent pas la langue. Les physiciens, quant à eux, s'expriment au moyen de calculs, de grappes d'équations. Greenewalt se rappelle qu'en examinant les plans, Sam Allison, directeur adjoint du laboratoire de Chicago, " s'arrangeait toujours pour lâcher une remarque désobligeante ". Richard Feynman, le futur prix Nobel de physique, lui fait écho en demandant "comment regarder une usine qui n'est pas encore construite ? je n'en sais rien ! ... je n'arrive pas à lire les plans(7), " C'est que le plan ne dit rien aux physiciens. Greenewalt observe justement que " les deux groupes ne parlaient pas le même langage, et il fallait traduire, prendre les résultats de la recherche et les traduire pour le dessin des équipements ". Mais ce travail de traduction ne rend pas justice aux physiciens du point de vue du contrôle qui, justement, est conféré par la maîtrise du plan, de son langage propre. Le traducteur a ici une position stratégique : l'apparente modestie de son travail masque en réalité un transfert de pouvoir. Si les ingénieurs de TNX ont ici tant d'importance, c'est bien parce que, avec eux, le contrôle des opérations échappe à Chicago pour s'effectuer à partir de Wilmington.

 En outre, le plan a pour effet de figer les caractéristiques de la construction considérée, par opposition aux calculs qui peuvent être repris en permanence. Le calcul demeure malléable tandis que le plan arrête, gèle les choix techniques. Pour les ingénieurs de Du Pont, il faut, aussi rapidement que possible, commencer la construction. Quitte à prévoir des marges de sécurité un peu partout, il faut démarrer sans disposer nécessairement de toutes les données. D'où le ressentiment accru des physiciens qui ont l'impression d'être dépossédés du projet. Même la construction de l'usine-pilote n'a pas leur assentiment initial. Greenewalt leur explique pourtant que Du Pont en a l'habitude, qu'une usine-pilote avait été construite lors du développement du nylon, que c'est une procédure efficace pour détecter précocement les problèmes techniques. Les scientifiques n'en acceptent le principe qu'à contrecoeur. Ainsi que Fermi le confie à Greenewalt, " ce que vous devriez faire c'est construire un réacteur aussi vite que possible, bâcler le tout. Puis vous le mettrez en marche, et il ne fonctionnera pas. Puis vous trouverez pourquoi il ne marche pas, et vous en construirez un autre, qui sera le bon(8) ". Fermi et ses amis de Chicago souhaitent se ménager le plus longtemps possible des marges de manoeuvre, tandis que les ingénieurs demandent au contraire des choix définitifs matérialisés par le plan et l'usine-pilote.

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Le chantier du réacteur D en juin 1944. Au premier plan, le réacteur et, à ses côtés, un réservoir d'eau prévu pour suppléer les pompes de refroidissement en cas de panne. Au second plan,le bâtiment tout en longueur de l'usine de séparation chimique. (Cliché Hagley Museum and Library)

A l'inverse du développement du nylon, qui subordonnait clairement les scientifiques aux ingénieurs-chimistes, le projet Manhattan est beaucoup plus flou. La répartition du travail, du pouvoir, se fait de manière empirique, rythmée par des conflits. Les physiciens n'ont pas l'intention de s'intégrer dans le dispositif organisationnel de Du Pont car, ainsi que l'un d'entre-eux le confiera, leur " honneur " est en jeu dans l'affaire. Qu'on n'y voie pas une simple question d'amour-propre mis à mal : il s'agit plus profondément de la maîtrise du projet ou, pour le dire autrement, de l'articulation entre savoir (scientifique et/ou technique) et pouvoir décisionnel. Sur un autre terrain, les physiciens se verront bientôt mis à l'écart des décisions concernant l'utilisation de la bombe, les politiques faisant la sourde oreille à leurs demandes, notamment celle de faire une démonstration de la bombe au large des côtes japonaises(9).

Bon gré malgré, les décisions se prennent. A la mi-janvier 1943, des représentants du Corps des ingénieurs, de l'université de Chicago et de Du Pont se mettent d'accord sur le choix du site (l'usine de production, au sud de l'Etat de Washington, près de la petite ville de Hanford, une vaste zone de 1700 kilomètres carrés, au bord de la rivière Columbia, dans une région pratiquement désertique. L'année 1943 est essentiellement consacrée à la préparation du site et à la conception de l'usine. Il faut procéder à de multiples études géologique aménager des voies de communication, construire des logements pour 45 000 personnes, un tour de force mené par département d'ingénierie et un certain nombre d'entreprises régionales avec lesquelles Du Pont passe contrat. Sans cesse de nouveaux problèmes surgissent : sous-traitants défaillants, manque main-d'oeuvre, turnover très élevé, difficultés d'approvisionnement, etc.

TNX s'occupe de la conception des futures installations. Il est d'abord décidé, pour des raisons de commodité, de construire des réacteurs* refroidis par eau plutôt que par hélium, après de longs débats au sujet des mérites respectifs de deux procédés. Mais se posent alors des problèmes de corrosion et de dépôts minéraux risquant d'étouffer la réaction en chaîne. L'eau doit pouvoir circuler librement entre les tiges d'uranium, elles-mêmes enrobées d'un alliage d'aluminium et de magnésium (des métaux peu corrosifs). On construit donc une usine de déminéralisation de l'eau de la rivière Columbia, " un monument qui a coûté cinq millions de dollars " dit Greenewalt, une usine qui ne servira jamais puisqu'on trouvera entre-temps une méthode plus rapide de purification de l'eau. Mais toutes les options sont explorées en même temps, sans véritable considération de coût, car l'impératif catégorique est de produire du plutonium le plus vite possible.

La construction des réacteurs commence fin 1943 avant que leurs plans ne soient définitivement arrêtés. Le travail de construction est somme toute assez classique, bien que les tolérances d'ajustement soient extrêmement réduites (les briques de graphite* doivent s'ajuster au dixième de millimètre). Les matériaux sont vérifiés et revérifiés avant d'être assemblés. A cause de la radioactivité, l'intérieur des bâtiments, autour des réacteurs, deviendra inaccessible après leur mise en route, et il ne sera plus question d'y entreprendre aucune modification majeure. Une grue centrale, télécommandée, effectuera les principales opérations (chargement et déchargement de l'uranium, maintenance), mais toute erreur majeure de construction serait irréparable. Les unités de séparation chimique posent moins de problèmes techniques à une firme comme Du Pont, mais seul le gros oeuvre est achevé en 1943 : rien ne presse tant que les réacteurs n'ont pas fourni leur uranium irradié (les usines de séparation seront achevées en décembre 1944, juste à temps pour recevoir les premiers chargements d'uranium irradié). L'essentiel de la main-d'oeuvre est concentré sur les réacteurs nucléaires jusqu'au printemps 1944.

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Jour de paye, jour de fête à Hanford : pour payer ses dizaines de milliers d'ouvriers, Du Pont affrète une flotte de camions qui sillonnent l'immense chantier. (Cliché Hagley Museum and Library)

Le chargement en uranium du premier réacteur (réacteur B) commence le 18 septembre 1944. Mais bientôt, à la stupeur des ingénieurs et scientifiques présents, la réaction en chaîne, enclenchée le 26 septembre, s'arrête. Après avoir écarté l'hypothèse d'une fuite d'eau, les calculs amènent rapidement à la conclusion que le réacteur est " empoisonné " par un isotope du xénon (X135), Un sous-produit de la fission nucléaire. Cet empoisonnement par le xénon, devenu un classique du génie nucléaire, n'avait pas été repéré à Oak Ridge : le réacteur pilote était de trop faible puissance (1 mégawatt contre 250 à Hanford) pour que le xénon s'accumulât en quantité significative. Le problème sera résolu par l'insertion dans le graphite de tiges supplémentaires d'uranium. Or, auparavant, les physiciens de Chicago avaient critiqué le choix des ingénieurs de Du Pont de surdimensionner le réacteur. C'est précisément ce dessin dit " conservateur ", consistant à prévoir systématiquement des marges de sécurité au détriment de la rapidité de construction, qui permet finalement le bon fonctionnement du réacteur. Les ingénieurs n'avaient pas prévu l'apparition du xénon, mais ils s'étaient méfiés de ce que le réacteur de production était deux cents fois plus puissant que le réacteur de l'usine-pilote. Ce rapport d'échelle était à leurs yeux beaucoup trop grand: " Nous n'aurions jamais fait cela si on nous avait laissé faire... J'ai donc dit : "Nous allons prendre des marges de sécurité partout où nous pouvons, de manière à ce que, si un problème survient, on pourra rectifier". Ce fut parfois bien utile ", explique Greenewalt. L'incident fournit l'occasion aux ingénieurs de souligner à quel point leur démarche est essentielle au projet, de réaffirmer leur prééminence. Dans la mémoire de l'entreprise, l'épisode fait figure de triomphe des ingénieurs sur les physiciens " aux mains blanches ", comme la revanche symbolique des " plombiers " sur les " créateurs " : " Si seulement les physiciens nous avaient fait un peu plus confiance au début, soupire Greenewalt, ça se serait beaucoup mieux passé pour moi. Les physiciens sont des types bizarres, pas de doute là-dessus. Et je crois qu'aujourd'hui encore, ils sont persuadés que c'était leur projet. "

Au cours des dernières semaines de 1944, les deux autres réacteurs (D et F) sont chargés en uranium et commencent à produire de l'uranium irradié début 1945. Celui-ci est alors transféré vers les usines de séparation, où l'on extrait le plutonium des autres matériaux fissiles : on ôte les jaquettes d'aluminium protégeant de la corrosion les tiges d'uranium qu'on traite ensuite au moyen de différentes solutions chimiques*.

Les historiens ont globalement repris à leur compte le discours des physiciens, comme si les questions de production avaient été secondaires

En février 1945, des quantités significatives de plutonium peuvent être envoyées à Los Alamos. De février à août, les usines de Hanford fonctionnent de manière intensive : le général Groves insiste pour que les réacteurs nucléaires chauffent à la limite des normes de sécurité afin que la bombe soit prête à temps. L'Allemagne est vaincue et le drapeau rouge flotte sur les ruines de Berlin, mais il est encore temps de s'en servir au japon.

A partir du début de 1945, le problème de la production de plutonium est résolu. Il s'agit désormais de concevoir les bombes, c'est-à-dire la meilleure manière de déclencher la réaction en chaîne instantanée des quelques kilogrammes de plutonium, qui libéreront en moins d'un centième de millionième de seconde une énergie équivalente à plusieurs milliers de tonnes de TNT. Mais ceci est une autre histoire : cette dernière étape n'est plus du ressort de Du Pont mais de l'équipe d'Oppenheimer à Los Alamos.

Nous avons analysé la fabrication du plutonium comme un processus de négociation entre différents idiomes et différents protocoles techniques. Qu'on ne s'y trompe pas cependant: la négociation ne fut pas équitable, au sens où les militaires choisirent de confier la prééminence aux ingénieurs de Du Pont à partir de la fin 1942. Cela n'a rien d'évident, ou de naturel car, après tout, les physiciens et les ingénieurs du Génie auraient pu, tant bien que mal, s'occuper des aspects industriels du projet, avec l'aide d'ingénieurs consultants. Peut-être la bombe au plutonium n'aurait-elle pas été prête en août 1945 et Nagasaki aurait été épargnée...

Du côté de l'Union soviétique après guerre, ce seront les physiciens qui dirigeront les opérations industrielles. Sous la direction vigoureuse d'Igor Kourchatov et de Youli Khariton, ils mèneront à bien la fabrication industrielle du plutonium. Ils seront évidemment aidés par des ingénieurs chimistes, mais ces derniers leur seront entièrement subordonnés. Il est vrai qu'avant-guerre, l'industrie chimique n'a pas été favorisée par les responsables du Plan : à la différence de leurs homologues américains, les ingénieurs chimistes soviétiques n'auront pas à leur disposition les outils conceptuels qui leur permettraient de prétendre avoir voix au chapitre.

Si les responsables américains ont choisi Du Pont, c'est parce que ses ingénieurs imposaient dans le même mouvement une certaine culture et une certaine politique qui agréaient aux militaires du Génie. Ces derniers étaient des ingénieurs : partageant avec les hommes de Du Pont une même manière de considérer les problèmes, une même culture technique, ils étaient moins à l'aise avec la culture mathématique des physiciens.

En outre, transférer le contrôle du projet des physiciens aux ingénieurs offrait une garantie contre toute rébellion des premiers en en limitant les conséquences possibles. Par tradition, nombre de scientifiques étaient plutôt hostiles à l'égard des militaires, et leur participation au projet Manhattan était en priorité motivée par leur engagement antifasciste. Groves se méfiait de nombre de physiciens, et faire appel à Du Pont pour encadrer le projet lui semblait plus sûr : " Groves avait une confiance totale en Du Pont, et en lui-même ", résume Greenewalt. De fait, cette confiance n'était pas seulement technique mais politique. Les ingénieurs de Du Pont, marqués par la culture de leur entreprise, avaient une culture politique très voisine de celle des militaires. Les uns et les autres étaient socialement proches tandis que de nombreux physiciens leur étaient culturellement étrangers, soit parce qu'ils étaient d'origine européenne (on trouve parmi eux les plus méfiants à l'égard de Du Pont : Wigner, Szilard, Fermi au début), soit parce que leurs convictions politiques étaient très différentes.

Avec la production de plutonium, le statut des ingénieurs chimistes gagna en prestige non seulement chez Du Pont mais aussi vis-à-vis du monde scientifique. A la fin de la guerre, se plaît à rappeler Greenewalt, Fermi lui proposa de quitter Du Pont pour travailler à ses côtés dans son institut de physique nucléaire flambant neuf à l'université de Chicago. L'intéressé refusa en arguant qu'il n'avait pas la compétence mathématique nécessaire, mais surtout parce qu'il allait bientôt devenir président de Du Pont. D'autres mirent à profit le bagage technique accumulé pendant la guerre pour créer les premiers cours de génie nucléaire dans les universités américaines.

Pourquoi a-t-on jusqu'à présent si peu parlé du rôle joué par les ingénieurs chimistes de Du Pont ? On peut identifier deux grandes raisons. Premièrement, il ne faut pas négliger le poids politique considérable des physiciens. Il se fit largement sentir après-guerre lorsque, auréolés de leurs succès, nombre d'entre eux occupèrent des positions de pouvoir dans les administrations fédérales et les universités. Les historiens ont globalement repris à leur compte le discours des physiciens, comme si les questions de production avaient été secondaires et laissées à des comparses sans influence. Deuxièmement, Du Pont adopta après guerre un profil bas au sujet de cette épopée industrielle qui s'était tout de même conclue par une somme de souffrances indicibles. L'entreprise ne tenait guère à ce que des controverses éthiques et politiques vinssent entraver ses ventes fabuleuses de nylon et autres produits de grande consommation... Seulement à l'occasion de crises internationales (guerre de Corée, affaire des missiles de Cuba), les dirigeants de la firme se soucient de rappeler au pays le rôle joué par Du Pont dans la sécurité nationale.

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En pleine guerre de Corée, C. Greenewalt est en couverture de Time Magazine le 16 avril 1951, en compagnie de quelques objets symboliques des activités civiles et militaires de Du Pont : nylon, costume indéfroissable et bombes nucléaires... (Cliché tdr)

Pourtant, s'il est historiquement intéressant d'exhumer d'un oubli relatif ces ingénieurs, ce n'est pas seulement pour rendre justice à des anonymes de l'histoire. Ceci ne ferait plaisir qu'aux intéressés et à leurs descendants. C'est surtout pour replacer le projet Manhattan dans l'histoire de la production de masse, dont il est l'une des variantes. La fabrication de bombes atomiques fut le fruit d'une rencontre entre deux courants historiques qui, jusque-là, s'ignoraient : d'une part, un demi-siècle de recherches en physique nucléaire, qui trouva son aboutissement en 1942 avec la première réaction en chaîne de l'histoire, réalisée par Fermi et son équipe sous le stade de l'université de Chicago; d'autre part un demi-siècle de production de masse dans l'industrie chimique, qui débuta dans les premières années du XXème siècle avec la synthèse de l'ammoniac et les techniques de chimie catalytique des hautes pressions, et qui atteignit son apogée avec la production du nylon, dans les années 1930. La constitution de l'arsenal nucléaire américain réclama effectivement le travail des scientifiques les plus pointus et celui de spécialistes de la production de masse.

Avant que sa réussite ne s'efface dans l'ombre portée de nouvelles inquiétudes générées par les excès de la production de masse de produits militaires et civils, Greenewalt pouvait fièrement paraître en couverture de Time Magazine, en avril 1951, en compagnie d'un costume en nylon et de deux bombes atomiques - selon une symbolique qui n'est pas sans rappeler certains tableaux de négociants anglais ou flamands des XVIème et XVIIème siècles, posant aux côtés des pièces d'or et de drap fin dont ils faisaient commerce

PAP N'DIAYE
(maître de conférences à l'École des hautes études en sciences sociales, Paris)
LA RECHERCHE n°306, février 1998.

 Le Projet Manhattan : La passion et le progrès scientifique au service de la bombe

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Par Lucie Genay, Centre d’Etudes sur les Modes de la Représentation du Monde Anglophone, Université de Savoie.

 Résumé : Le 16 juillet 1945 explosait, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, une arme nucléaire sur le site de Trinity dans le désert du Nouveau-Mexique, aux États-Unis. Le Projet Manhattan était à l’origine de ce premier test : de 1942 à 1945, une communauté scientifique secrète se mobilisa pour mettre au monde la première arme de destruction massive dont le destin final fut d’anéantir les villes d’Hiroshima et Nagasaki. La dévotion de ces hommes de science pour que leur projet aboutisse fut en grande partie déterminée par le contexte de la Seconde Guerre mondiale mais aussi par la passion scientifique qui les animait. Rapidement dans l’après-guerre, l’héroïsme de ceux qui avaient mis fin à la guerre se mua en culpabilité pour avoir ouvert la boîte de Pandore du nucléaire : cet article analyse le processus et l’impact de la découverte sur la psychologie de ces acteurs de l’histoire.

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Mots-Clés : Seconde Guerre mondiale ; bombe atomique ; progrès scientifique ; Hiroshima et Nagasaki ; nucléaire ; Trinity ; Robert Oppenheimer.

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Il appartient à l’historien de chercher les éléments, les explications et les circonstances qui permettront d’élucider les réactions et décisions des acteurs de l’histoire. C’est dans les passions que nous chercherons ici un éclairage sur une partie de l’histoire si lourde de conséquences qu’elle ne cessera jamais d’inspirer le travail des historiens : les origines de l’ère nucléaire. Il convient tout d’abord de rappeler les deux définitions principales du terme passion qui seront usitées ci-dessous. Dans la définition philosophique classique, les passions, au pluriel, sont décrites comme une série de mouvements de l’âme affectée par le corps. En effet, le terme a longtemps évoqué quelque chose de négatif : une souffrance subie et endurée ; on parlait alors de l’emprise des passions sur l’individu. D’un autre côté, d’après la définition la plus moderne, la passion au singulier désigne couramment une intensité et un investissement subjectif très fort. En histoire, nous nous intéresserons particulièrement au lien entre passion et action, couple dont Hegel établit l’indissociabilité dans sa célèbre formule : « Rien de grand ne s’est accompli dans le monde sans passion. » [1] Le 16 juillet 1945 explosa, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, une arme nucléaire sur le site de Trinity dans le désert du Nouveau-Mexique. Le « père » de la bombe atomique, Robert Oppenheimer, observant la scène et frappé par le spectacle nucléaire, fit référence à Krishna : « Now I am become Death, the destroyer of worlds. » [2] Le Projet Manhattan était à l’origine de ce test. Ce premier programme nucléaire s’inscrit dans une suite d’avancées scientifiques au tournant des XIX et XXe siècles : la découverte du radium par Marie Curie en 1898, la fission de l’atome d’Ernest Rutherford en 1919 et la première fission d’uranium réussie par Otto Hahn et Fritz Strassman en 1938. Ces événements amenèrent le moment-clé du 2 août 1939, date de la lettre d’Albert Einstein à Franklin Roosevelt qui lança réellement le projet. Ce fut une entreprise de grande ampleur organisée sur plusieurs États américains : Hanford (Washington) accueillit la construction de réacteurs pour la production de plutonium, à Oak Ridge (Tennessee) fut établi le siège des travaux d’enrichissement de l’uranium et Los Alamos (Nouveau-Mexique), qui nous intéresse ici, fut le site de conception et fabrication de la bombe. De 1942 à 1945, la communauté scientifique secrète de Los Alamos œuvra dans l’ultime but de donner naissance à la toute première arme de destruction massive que ce monde ait connue. Les 6 et 9 août 1945, les bombes baptisées Little Boy et Fat Man devinrent tristement célèbres lorsqu’elles anéantirent les villes d’Hiroshima et Nagasaki mettant un point final à la Seconde Guerre mondiale. Le contexte de la guerre totale et mondiale explique en grande partie la dévotion de ces hommes de science pacifistes pour leur projet ; d’autre part, ils étaient également galvanisés par une passion scientifique commune. Ces hommes et ces femmes des quatre coins des États-Unis et d’Europe ont mis leur temps et leur savoir au service du monde libre, de la science et du progrès dans la course à l’armement contre l’Allemagne nazie. Les débats de l’après-guerre ont rapidement mué l’héroïsme de ceux qui avaient mis fin à la guerre en culpabilité pour avoir ouvert la boîte de Pandore du nucléaire. Les multiples phases émotionnelles auxquelles ces personnages ont dû se confronter font de leur psychologie un fascinant objet de recherche : c’est donc le processus passionnel et l’impact psychologique de la découverte sur ces acteurs de l’histoire qui seront au cœur de cette analyse. Il s’agira, dans un premier temps, d’expliquer la mutation de la passion en une motivation collective, le moteur du projet, puis de porter un éclairage sur la confrontation entre passion et raison au moment de décider de l’utilisation de la bombe et enfin, d’examiner le passage de la passion aux émotions dans l’impact et les conséquences psychologiques du projet sur les scientifiques.

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1. Quand la passion devient une motivation collective : les origines du projet

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1.1. Une passion au cœur de la guerre : la crainte

En temps de guerre, comme dans toute crise, les passions sont exacerbées et le doute, la crainte et la peur sont des passions fondamentales selon la définition classique. Rappelons qu’en 1938, c’est à Berlin que la première fission d’uranium fut effectuée par Otto Hahn et Fritz Strassman. Un an plus tard, cette crainte est illustrée dans la fameuse lettre d’Einstein à Roosevelt. La lettre rédigée par le physicien Hongrois Leo Szilard (et signée par Einstein) informe le président américain que la fission de l’uranium déclenche une décharge d’énergie, qu’une réaction en chaîne sera bientôt réalisable et que ce nouveau phénomène pourrait permettre la construction d’une bombe au pouvoir sans précédant. Il rappelle où se trouvent les gisements d’uranium (Canada, Tchécoslovaquie, Congo Belge), propose et conseille à Roosevelt de motiver, encadrer et financer la recherche atomique aux États-Unis et termine enfin avec la menace de l’Allemagne qui a pris le contrôle des mines d’uranium de Tchécoslovaquie et a stoppé l’exportation d’uranium de ce pays. Il fait le lien entre cette décision et les avancements de l’équipe de recherche sur la fission de l’uranium à l’Institut Kaiser Wilhelm à Berlin. [3] Cette angoisse des ambitions nazies exprimée dans les plus hautes sphères était également présente à un niveau plus personnel pour un bon nombre de scientifiques participant au projet. Certains sont allés aux États-Unis pour travailler sur la bombe en tant que réfugiés fuyant le Troisième Reich. Parmi les plus grands : Enrico Fermi, Leo Szilard, Hans Bethe, Edward Teller, Otto Frisch, Niels Bohr, qui avaient tous des origines ou des connections juives. Finalement, la communauté scientifique de Los Alamos puisait son énergie dans la perspective annoncée par ses dirigeants que leur travail, quel qu’en soit l’aboutissement (certains ignoraient totalement qu’il s’agissait de construire une bombe atomique) puisse mettre fin à la guerre. Tous se sentaient concernés par l’avenir du monde libre. D’un autre côté, ceux qui comprenaient la signification des dernières découvertes dans le monde de la physique étaient conscients d’un tout autre danger qui pourrait considérablement changer la tournure du conflit : par exemple, Paul Langevin, physicien français du début du XXe siècle, expliqua sa vision des risques engendrés par la découverte du neutron : « Hitler ? It won’t be long before he breaks his neck like all other tyrants. I am much more worried about something else. It is something which, if it gets into the wrong hands, can do the world a good deal more damage than that fool […]. It is something which – unlike him – we shall never get rid of : I mean the neutron. » [4] L’idée maîtresse, qui revient systématiquement dans les témoignages, est celle du péril encouru si jamais ces découvertes tombaient dans les mauvaises mains. On trouve également ici les prémisses de la Guerre Froide et de la prolifération des armes nucléaires : face à un ennemi terriblement armé, la seule riposte possible devient la construction d’une arme similaire. Sur l’échiquier des pouvoirs, l’arme suprême devient un moyen de dissuasion sans pareil car elle permet de manipuler la peur de ses ennemis grâce à son potentiel en termes de représailles. Ceci aide à comprendre pourquoi des hommes de bonnes intentions et pacifiques se sont lancés dans la construction d’une arme à la capacité de destruction encore inégalée. Jane Wilson, la femme du scientifique Robert Wilson, raconte que les inquiétudes ne se limitaient pas à la sphère européenne mais que les Américains ressentaient aussi le danger sur leur propre territoire. « The success of Hitler was breeding all sorts of very vocal groups in the United States. There was no hope that we would be an isolated little island of democracy in a fascist world. » [5] Elle cite des personnalités de premier ordre qui soutenaient les objectifs d’Hitler, comme Charles Lindbergh et Henry Ford. S’il y avait le moindre scrupule, la hantise d’imaginer que les Allemands étaient sur le même chemin et probablement avec une longueur d’avance, l’emportait largement. Mais un autre facteur tout à fait spécifique au contexte scientifique s’y ajoutait : la fascination pour la recherche.

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1.2. La passion et la curiosité scientifique pour le progrès

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Lors des audiences de son procès en 1954, Robert Oppenheimer a évoqué le besoin irrépressible du scientifique d’aller de l’avant sans penser aux conséquences : « It is my judgment in these things that when you see something that is technically sweet, you go ahead and do it, and you argue about what to do about it only after you have had your technical success. » [6] Il est vrai qu’il n’y avait rien de très attrayant au départ pour les scientifiques sollicités pour qu’ils s’expatrient au Nouveau-Mexique : il fallait tout laisser derrière soi sans aucun indice de ce que l’on allait trouver sur place, sans même savoir en quoi l’emploi consistait. Les conditions étaient difficiles, la sécurité militaire donnait des airs de camp de prisonniers à la petite ville de Los Alamos. Le climat désertique de haute altitude sur le plateau Pajarito était parfois rude et les installations plus que rudimentaires. Mais il y avait en contrepartie l’attrait de travailler avec les plus grands physiciens de l’époque ; la communauté était une concentration de lauréats du Prix Nobel jamais vue jusqu’alors. De plus, la recherche atomique représentait alors le monde de l’inconnu rempli de promesses pour l’avenir, pour l’énergie, pour la médecine. Le besoin d’aller de l’avant était plus de l’ordre de l’impulsion [7] que de la passion chez certains. Edward Teller, par exemple, le « père » de la bombe à hydrogène a confié à Mary Palevsky qu’il ne voulait pas cette bombe parce qu’elle serait plus meurtrière mais parce que c’était quelque chose de nouveau, d’inconnu qu’il était possible de découvrir, ajoutant que l’ignorance lui faisait peur. [8] Après la victoire alliée en Europe en mai 1945, l’engouement scientifique reprit de plus belle jusqu’à son apogée le 16 juillet lors du test de la bombe Fat Man au plutonium dans le désert du Jornada del Muerto près d’Alamogordo, un site baptisé Trinity par R. Oppenheimer. Les premières réactions après le test furent des réactions de joie et de soulagement. Un scientifique l’exprime ainsi : « Our elation knew no bounds ; the long months of loneliness and worry were almost over, the work was a success – the gadget worked ! The fact that we didn’t know its exact nature didn’t dampen our enthusiasm in the least – IT WORKED ! » [9] Mais pour certains, le test eut également valeur d’épiphanie, expression utilisée par Robert Wilson qui décrit l’expérience comme une prise de conscience réelle et existentielle de leur travail. Alice Kimbal Smith parle, elle, d’une « spiritual revelation » [10] dans l’introduction de A Peril and a Hope, son ouvrage sur le mouvement des scientifiques atomiques à la fin des années 1940. Comme si ces hommes avaient travaillé dans l’obscurité totale sans conscience de l’horreur qu’ils étaient en train de créer : retranchés dans une tour d’ivoire, les scientifiques avaient donné libre cours à leur passion et se virent confrontés au monstre qu’ils avaient engendré à Trinity. Dans les semaines qui suivirent, les passions scientifiques et politiques se retrouvèrent au moment de prendre une décision monumentale.

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2. La passion se confronte à la raison : le temps des décisions

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2.1. Les raisons de l’utilisation de la bombe et les alternatives aux bombardements japonais

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Dans le cas de la bombe, les enjeux et la notion de responsabilité sont naturellement au cœur du débat, ce sont des préoccupations encore vivantes aujourd’hui. Les écrits de l’après-guerre l’ont bien montré puisqu’ils se sont centrés de prime abord sur les raisons de l’utilisation de la bombe et les alternatives envisagées aux bombardements d’Hiroshima et Nagasaki. [11] Cinq alternatives furent considérées au sein du comité d’intérim à qui il incombait de débattre de la question. La proposition de démonstration hors combat précédée d’un avertissement était très appréciée des scientifiques persuadés que le gouvernement américain devait sortir de l’ombre du secret de façon positive pour profiter de la position de leader atomique. Mais cette option fut écartée de peur que ce ne soit pas assez spectaculaire et que les Japonais placent des prisonniers de guerre sur la cible. Il a été envisagé de modifier la demande de reddition inconditionnelle en autorisant les leaders japonais à maintenir l’empire, cependant les Américains avaient à cœur d’éradiquer le pouvoir des puissants militaires à la tête du système politique et ne voulaient pas leur laisser de marge. Les discussions avec les diplomates japonais n’aboutirent pas (à cause, en partie, des interceptions par les Soviétiques qui avaient tout intérêt à envahir le Japon). Ce qui mène à la quatrième alternative : repousser le bombardement atomique jusqu’après l’entrée en guerre des Soviétiques. Mais la rivalité entre les deux pays avait déjà commencé : même alliés, les États-Unis n’avaient aucune confiance en Joseph Staline et pensaient qu’il en profiterait pour agrandir sa sphère d’influence en Asie. Enfin, la stratégie de bombardement conventionnel massif, sans la bombe, et la mise en place d’un embargo auraient laissé trop de ressentiment au Japon à l’instar de celui des Allemands après la Première Guerre mondiale. Lors des délibérations qui aboutirent à la décision finale de bombardement, cinq raisons principales furent mises en avant comme arguments favorables à l’utilisation de la nouvelle arme. Il fallait mettre un terme à la Seconde Guerre mondiale, sauver un grand nombre de vies du côté américain comme du côté japonais, éviter d’organiser une invasion du Japon (dont les prévisions statistiques quant au nombre de victimes étaient alarmantes), impressionner les Soviétiques et donner un sens au coût du Projet Manhattan (deux milliards de dollars d’argent public). Dans ce raisonnement, la stratégie militaire prend la priorité sur tout autre aspect et le président Truman voit la bombe comme le moyen d’accéder au rang de héros de guerre : on peut y voir l’envie de séduire d’un homme emporté par sa passion de la politique. L’homme public est traditionnellement celui qui dompte ses passions pour les utiliser. Faisant preuve d’autodiscipline morale, il représente la raison qui s’oppose aux passions ; mais dans le cas de la décision de Truman, la raison sert de façade derrière laquelle se cache l’ambition d’un homme de pouvoir.

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2.2. La confrontation entre science et politique

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La parole scientifique était représentée dans les discussions sur l’utilisation de la bombe. Le panel scientifique chargé de conseiller le comité d’intérim était composé des scientifiques les plus éminents du Projet Manhattan : Robert Oppenheimer, Enrico Fermi, Arthur Compton et Ernest Lawrence. Mais d’après les souvenirs d’Arthur Compton, leur rôle n’était pas directement lié à la question d’employer la bombe ou non mais plutôt à celle de comment il fallait l’employer. [12] Philip Morrison qui a assisté à deux comités de sélection des cibles potentielles a exprimé le décalage qu’il a ressenti entre le raisonnement militaire et scientifique : « I came away with the realization that we had little influence on what was going to happen. I did not understand enough about the issue to say anything, as I was so very well rejected by the officer I talked to. I could see I could have no influence over a man like that whose thinking was of an entirely different nature. » [13] Les scientifiques se sont mobilisés dans les mois qui ont précédé l’attaque contre l’utilisation de la bombe sur des civils et pensaient déjà aux implications de cette nouvelle arme. Leo Szilard (le même qui avait rédigé la lettre d’Einstein en 1939) organisa une pétition qui recueillit 67 signatures avant que le général Leslie Groves, dirigeant militaire du Manhattan District (la structure nationale chargée de l’organisation du projet sur tout le territoire), ne stoppe sa progression. Elle demandait au président Truman de prendre en compte les implications morales et diplomatiques avant de lancer la bombe atomique. [14] Au final, 155 scientifiques signèrent différentes versions de cette pétition mais elle fut inefficace. Le 11 juin 1945, James Franck, lauréat d’un Prix Nobel, ancien professeur à Göttigen et président d’un comité à l’Université de Chicago chargé de discuter des conséquences politiques et sociales de l’énergie atomique, rédigea le Rapport Franck. [15] Dans ce rapport, les craintes d’une course à l’armement sont explicitement énoncées et des propositions dans le sens d’une coopération internationale sont avancées. Quant à l’utilisation de la bombe au Japon, une démonstration devant les représentants des Nations Unies est la solution envisagée par les scientifiques du rapport. À l’inverse, d’autres scientifiques avaient décidé de séparer entièrement les rôles. C’était la vision d’Oppenheimer au moment des décisions et cela a toujours été également celle d’Edward Teller : « Look , the scientists, by giving you the tools, are not responsible for the use of these tools. But they are responsible for the effectiveness of the tools and for the understanding of the tools. I and you as citizens are responsible for selecting the decision makers who will then use whatever can be used in the right way. And these functions should be separated. » [16] Quelles que soient les opinions des uns et des autres, les participants au Projet Manhattan eurent à gérer leur conscience et la succession d’émotions liées à leur implication dans le projet. Rappelons que les bombardements de Hiroshima et Nagasaki ont fait plus de 280 000 victimes, sans oublier les Hibakushas (survivants des bombardements atomiques) qui ont souffert toute leur vie de leur exposition aux radiations de la bombe.

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 3. De la passion à l’émotion : impacts et conséquences du projet sur les scientifiques

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3.1. La passion et la morale

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L’histoire de la bombe est aussi l’élargissement d’un fossé entre la morale et le progrès. Dans le cas des origines de l’ère nucléaire, les questions de moralité sont prépondérantes et pesantes. Ce sont les passions communes de plusieurs hommes qui ont abouti à cette création qui pose des problèmes d’ordre moral. Philip Morrison a donné son point de vue après la guerre : il estime que les gens ne peuvent pas se rappeler quelle était l’atmosphère à l’époque sans l’avoir vécue. Les gens qui sont nés après Hiroshima savent peu de choses de la Deuxième Guerre mondiale ; ils connaissent les discussions au jour le jour, les problèmes et peurs liés à la Guerre Froide, donc ils font naturellement le lien entre la bombe et leur expérience de la Guerre Froide, alors que les vétérans se souviennent des sentiments d’anxiété et de soulagement déclenchés par la bombe. Morrison était sur l’île de Tinian où la bombe a été assemblée et installée à bord du Boeing B-29 Enola Gay : « When you organize many people with tremendous passion to do something, they’re going to do it. Even if the meaning of it has changed ; it’s very hard for them to see all that, especially all the way down the line. [...] So I was asked and I wanted to go to Tinian because that was another step in the operation, that was getting close to the real event. » [17] Pour Morisson, la passion est un moteur, elle les a poussés à agir mais c’est aussi un voile qui occulte la réalité : il s’agit toujours de ce même besoin de réalisation, d’entrer dans une nouvelle réalité encore trop imaginaire dans l’esprit du scientifique. La dimension morale n’est donc apparue qu’avec le recul… La passion était là au moment des actions et avait disparu au moment des débats. Une autre remarque de Hans Bethe sur le contexte va dans ce sens : « One of the Los Alamos scientists at the fortieth anniversary said, « Itserved them right for Pearl Harbor. » And I disagree with that. I think this scientist had not outgrown the mentality of war and its unreasoning brutality. » [18] En effet, sortie de son contexte, la bataille scientifique menée à Los Alamos était vouée à être incomprise. Le discours de cet intervenant montre combien certains étaient emplis de désir de vengeance et de représailles : des émotions qui ont été indispensables dans cette course à l’arme atomique. Le physicien Victor Weisskopf envisagea la vision qu’auraient les générations futures de la bombe : « A virulent case of collective mental disease ». [19] Le choix lexical de la maladie mentale impliquerait que les passions des scientifiques du Projet Manhattan les aient fait basculer dans la folie. Robert Oppenheimer incarne parfaitement l’histoire collective des scientifiques de Los Alamos car la bombe a déterminé les grands tournants de sa vie. L’aventure atomique lui a permis tout d’abord de combiner ses deux passions : la physique et le Nouveau-Mexique. En 1922, celui que l’on surnommait « Oppie » s’est rendu pour la première fois au Nouveau-Mexique pour une convalescence de la dysenterie et est tombé sous le charme du désert. Il répétait dans sa correspondance qu’il rêvait d’associer ses deux passions et le directorat du Projet Manhattan lui en offrit l’occasion. Il suggéra le site de Los Alamos au Major Dudley chargé de trouver un lieu adéquat. [20] À la fin du projet, il fut confronté au spectre des responsabilités encore plus lourdement que ses collègues. Lors de sa participation au Comité d’Intérim, il insista sur la séparation des responsabilités, soutenant que les hommes de science n’avaient évidemment aucun droit de propriété sur leur création. [21] Il annonça néanmoins ses regrets par la suite en 1948, dans un article plusieurs fois publié : « The physicists have known sin ; and this is a knowledge which they cannot lose. » [22] Ce scientifique élevé en héros fut alors de plus en plus critiqué jusqu’à ce que des soupçons le mènent sur le banc des accusés. Harry Truman lui-même qualifia Oppenheimer de « pleurnichard » et refusa d’avoir affaire à lui ; en effet, jusqu’à sa mort en 1972, l’ancien président n’émit jamais de regrets et méprisa ceux qui en souffraient. [23] En 1954, Oppenheimer fut jugé. On lui reprocha ses connections avec des communistes, son opposition à la bombe à hydrogène et un manque de réaction par rapport à des employés représentant un risque pendant le Projet Manhattan. Les audiences ne firent pas de lui un traître, mais son autorisation d’accès à des dossiers confidentiels lui fut retirée. Une forme de réhabilitation de l’éminent physicien eut lieu peu avant sa mort, en 1963 lorsqu’il reçut le Fermi Award des mains du président Johnson.

3.2. Une succession d’émotions et de désillusions

Robert Jungk, auteur de Brighter than a Thousand Suns, pose une question centrale dans l’étude psychologique des participants à l’entreprise atomique : [24] « After all, they had worked day and night to achieve their goal. Should they now be proud of what they had done, as it was generally considered they ought to be, in this first moment of surprise ? Or should they be ashamed of their work when they thought of the suffering it had caused so many defenseless people ? Or again, […] was it possible for one and the same person to feel pride and shame simultaneously ? » [25] À l’instar de Robert Oppenheimer, beaucoup d’autres acteurs du projet sont passés par différentes phases émotionnelles très fortes : de la joie, de la fierté et du soulagement, ils sont passés à la culpabilité, le dégoût, la honte et la peur. Le sentiment profond de responsabilité, pour des participants à différentes étapes du projet, même infimes, fut le fardeau le plus lourd. [26] William Higinbotham, spécialiste en électronique, a déclaré : « I am not a bit proud of the job we have done… The only reason for doing it was to beat the rest of the world to a draw… perhaps this is so devastating that man will be forced to be peaceful.The alternative to peace is now unthinkable. » [27] La perspective d’une guerre nucléaire qui prit une nouvelle ampleur lors du premier test atomique soviétique en 1949, ne fit qu’agrandir la culpabilité de ces hommes qui se rattachèrent à l’espoir que l’horreur de cette vision suffirait à astreindre les hommes à la paix. Un cas pratiquement isolé mérite d’être mentionné ici : celui de Joseph Rotblat. Ce scientifique a quitté Los Alamos après la victoire alliée contre les Nazis. L’objectif premier de la bombe ayant disparu, c’est-à-dire d’empêcher Hitler d’utiliser une bombe atomique, il ne voyait pas pourquoi continuer sa construction. Il a ensuite fourni sa propre analyse du choix des autres scientifiques qui ont continué leur mission : certains craignaient pour leur carrière, d’autres voulaient sauver des vies et enfin, la fascination scientifique l’emportait sur les considérations rationnelles et morales. J. Rotblat va jusqu’à parler d’une déshumanisation dans l’addiction au progrès : « Again it shows how you get yourself involved in a certain way and forget that you are a human being. It becomes an addiction and you just go on for the sake of producing a gadget, without thinking about the consequences. And then, having done this, you find some justification for having produced it. Not the other way around. » [28] Cette analyse est une preuve saisissante de l’emprise que les passions, dans leurs définitions classique comme contemporaine, ont pu avoir sur les hommes et femmes ayant pris part à cette aventure historique. Sans la crainte générée par la guerre, sans la force de la passion scientifique et sans l’ambition politique des hommes au pouvoir, une telle entreprise n’aurait été concevable. Tantôt un moteur, tantôt un voile devant la réalité, les passions ont une signification historique incontestable dans la naissance de la bombe atomique. Finalement, cette plongée dans la psychologie des scientifiques de Los Alamos confirme que le regret accompagne souvent l’abandon de l’homme à ses passions. Plus grandes sont les conséquences et plus le poids de cette culpabilité augmente, d’où la souffrance éternellement associée aux passions, perturbant de fait la recherche d’une harmonie de l’âme pour ceux qui en portent le fardeau. Car le recul permet maintenant de voir combien les circonstances très particulières de l’après-guerre, c’est-à-dire l’entrée immédiate dans la Guerre Froide, ont ajouté encore d’autres dimensions aux 6 et 9 août 1945. À mesure que la connaissance de la bombe s’est affinée et que ses effets encore plus dévastateurs sont apparus aux yeux du monde, le regard porté sur son atrocité a gagné en noirceur et les regrets se sont accumulés. Ces regrets et les inquiétudes en lien avec l’impact de la bombe sont à l’origine du mouvement des scientifiques dans les années 1945-1950 qui a créé la Fédération des Scientifiques Américains pour le contrôle international des armes nucléaires. Le mouvement eut droit à un surnom à la Maison Blanche et au Congrès : la ligue des hommes effrayés (the League of Frightened Men) ; ce qui montre bien le décalage entre passions scientifique et politique ainsi qu’entre les différentes façons qu’ont les hommes de gérer l’impact et les conséquences de leurs décisions.

Bibliographie

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[1] François Roussel, La passion : Une grandeur négative ?, Belin Prépas Lettre, 2004, p. 8.

[2] « Maintenant, me voilà devenu la Mort, le destructeur de mondes. » Jennet Conant, 109 East Palace : Robert Oppenheimer and the Secret City of Los Alamos, New York, Simon & Schuster, 2005, p. 308.

[3] Michael B. Stoff, Jonathan F. Fanton, et R. Hal Williams, The Manhattan Project : A Documentary Introduction to the Atomic Age, Philadelphie, Temple University Press, 1991, Document 1 : Einstein’s Letter to Roosevelt, August 2, 1939.

[4] « Hitler ? Il ne tardera pas à se casser le coup comme tous les autres tirants. Il y a quelque chose d’autre qui m’inquiète bien plus. C’est quelque chose, qui, si elle venait à tomber dans les mauvaises mains, peut faire bien plus de dégâts au monde entier que cet imbécile […]. C’est quelque chose dont, contrairement à lui, on ne se débarrassera jamais : je veux parler du neutron. » Robert Jungk, Brighter Than a Thousand Suns ; A Personal History of the Atomic Scientists, New York, Harcourt Brace, 1958, p. 51.

[5] « Le succès d’Hitler engendrait la naissance de toutes sortes de groupes très localisés aux États-Unis. Il n’y avait aucun espoir que nous serions une petite ile démocratique isolée dans un monde fasciste. » Cynthia C. Kelly, The Manhattan Project : The Birth of the Atomic Bomb in the Words of its Creators, Eyewitnesses, and Historians, New York, Black Dog & Leventhal Publishers, Distribué par Workman Pub., 2007, p. 19.

[6] « Il est de mon avis dans ce domaine, que lorsque vous assistez à quelque chose de techniquement génial, vous y allez et vous le faites, et vous discuterez de quoi faire avec seulement une fois que vous aurez atteint votre succès technique. » Norman Moss (dir.),Men Who Play God ; The Story of the Hydrogen Bomb and How the World Came to Live with it, New York, Harper, 1968, p. 53-4.

[7] « tendance spontanée à l’action » Le Grand Robert de la langue française, 2001.

[8] Mary Palevsky, Atomic Fragments : A Daughter’s Questions, Berkeley, Californie, University of California Press, 2000, p.53.

[9] « Notre joie n’avait pas de limites ; les longs mois de solitude et d’inquiétude étaient presque terminés, le travail se soldait d’un succès ; le gadget marchait ! Le fait que nous ne connaissions pas exactement sa nature n’entamait en aucun cas notre enthousiasme ; CA MARCHAIT ! » Eleanor Jette, Inside Box 1663, Los Alamos, Nouveau-Mexique, Los Alamos Historical Society, 1977, p.104.

[10] « une révélation spirituelle » Alice Kimball Smith, A Peril and a Hope ; the Scientists’ Movement in America, 1945-47, Chicago et Londres, University of Chicago Press, 1965, p. v.

[11] J. Samuel Walker, Prompt and Utter Destruction : Truman and the Use of Atomic Bombs against Japan, Chapel Hill, University of North Carolina Press, 2004. Michael J. Hogan Hiroshima in History and Memory, Cambridge, New York, Cambridge University Press, 1996. Cynthia C. Kelly The Manhattan Project : The Birth of the Atomic Bomb in the Words of its Creators, Eyewitnesses, and Historians.

[12] Jungk, p. 181.

[13] « Cela m’a fait prendre conscience que nous avions peu d’influence sur ce qui allait se passer. Je ne comprenais pas assez bien la situation pour dire quoi que ce soit ainsi que l’officier auquel je m’adressais me l’a bien montré en me rejetant. Je voyais bien que je ne pouvais avoir aucune influence sur un tel homme dont le raisonnement était d’une toute autre nature. » Palevsky, p. 84.

[14] Stoff, Document 60, Szilard’s Letter to Accompany Petition to Truman, July 4, 1945, p. 172.

[15] Stoff, Document 49, The Franck Report, June 11, 1945, p. 140.

[16] « Écoutez, les scientifiques, en vous donnant les outils, ne sont pas responsables de l’utilisation de ces outils. Mais ils sont responsables de l’efficacité des outils et de la compréhension des outils. Vous et moi, en tant que citoyens, nous sommes responsables de la sélection des décideurs qui utiliseront alors correctement tous ce qu’ils ont à leur disposition. Et ces fonctions se doivent d’être séparées. » Palevsky, p. 55.

[17] « Lorsque que vous gérez un groupe de gens avec une passion monumentale sur un projet, ils vont aller au bout. Même si sa signification a changé ; il leur est très difficile de percevoir tout cela, surtout d’avoir une vision d’ensemble tout du long. On m’a donc demandé et je voulais aller à Tinian parce que c’était une autre étape de l’opération, c’était une façon de me rapprocher de l’évènement réel. » Palevsky, p. 88.

[18] « L’un des scientifiques au quarantième anniversaire a dit, « ils l’ont bien mérité après Pearl Harbor ». Et je n’étais pas d’accord. Je crois que ce scientifique n’avait pas abandonné la mentalité de la guerre et sa brutalité irraisonnée. » Palevsky, p. 30.

[19] « un cas virulent de maladie mentale collective », Jon Hunner, J. Robert Oppenheimer, the Cold War, and the Atomic West, Norman, Oklahoma, University of Oklahoma Press, 2009, p. 9.

[20] Kai Bird et Martin J. Sherwin, American Prometheus : the Triumph and Tragedy of J. Robert Oppenheimer, New York, A.A. Knopf, 2005.

[21] Bird et Sherwin, p. 300.

[22] « Les physiciens ont connu le péché, et ceci est une connaissance dont ils ne se déferont pas. » Ferenc Morton Szasz, The Day the Sun Rose Twice : the Story of the Trinity Site Nuclear Explosion, July 16, 1945, Albuquerque, University of New Mexico Press, 1984, p. 174.

[23] Szasz, p. 157.

[24] Jungk, p. 221.

[25] « Après tout, ils avaient travaillé nuit et jour pour atteindre leur but. Devaient-ils maintenant être fiers de ce qu’ils avaient fait, comme la plupart des gens l’estimait, dans ces premiers instants de surprise ? Ou devaient-ils avoir honte de leur travail en pensant aux souffrances qu’ils avaient infligées à tant de gens sans défense ? Ou encore, […] était-il possible pour une seule et même personne de ressentir de la fierté et de la honte en même temps ? »

[26] Palevski et Kelly, The Manhattan Project : the Birth of the Atomic Bomb in the Words of its Creators, Eyewitnesses, and Historians.

[27] « Je n’ai pas la moindre fierté pour le travail que nous avons accompli… La seule raison pour laquelle nous l’avons fait était de battre le reste du monde à la loterie… peut être que ceci est si dévastateur que l’homme sera forcé de vivre en paix. L’alternative à la paix est devenue inconcevable. » Jungk, p. 223.

[28] « À nouveau, cela montre comment on s’engage d’une certaine façon et on oublie que l’on est un être humain. Cela devient une addiction, et on continue dans le seul but de produire un gadget, sans penser aux conséquences. Et ensuite, après l’avoir fait, on se trouve quelque justification de l’avoir produit. Et non l’inverse. » Palevski, p.177.

 

Le projet « Manhattan » était inscrit dans la conception stratégique de la bombe nucléaire, à partir d’uranium enrichi fabriqué dans des centrales nucléaires.

 

Voilà pourquoi et du fait de ce projet et de l’élaboration de l’arme nucléaire, il y a eu, tout d’abord, la construction de nombreuses centrales nucléaires aux Etats-Unis, ce qui, par là même, avec l’influence des Américains, puis de nombreux « lobbyistes » dans le domaine, on a imposé les centrales nucléaires à l’uranium enrichi, et non pas la forme possibilité de mettre en place des centrales, non pas nucléaires, mais avec du« Thorium » et avec le principe dit des sels liquides.

 

C’est le projet « Manhattan » et cette entreprise secrète de création et réalisation de la bombe nucléaire, appelée ensuite – l’Arme nucléairequi a évincé l’emploi et la mise en place de centrales au Thorium

 

Les « lobbyistes *» du nucléaire avaient d’ailleurs été nommés « les  Barons du nucléaire » et qui ont fait et permis de perdurer cela.. !

 

* Je tiens à vous rassurer, ces même « lobbyistes » sont toujours à la manœuvre aidés en cela par les différents gouvernements et hommes politiques comme grands groupes tel..AREVA* ou encore E.D.F. .,etc..

* D'ailleurs "AREVA" ne s'appelle plus..AREVA, mais " ORANO", dès à présent...

ext (1)

Je rassure de suite, nos essais nucléaires à Mururoa n’étaient pas moins brillants que ceux des Américains, bien au contraire !

Photo-essai-nuc-Mururoa-Polynésie

Conclusion :

Pour conclure, je dirais, simplement, juste ceci : « les bénéfices de l’institution de « Oak Ridge » (projet Manhattan) continuent à faire des bénéfices sur le dos de la population Mondiale ! »

 Oakridge

Oakridge2