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Les Landes et Biscarrosse-plage..

 

L’histoire des Landes

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Photo ci-dessus, carte d'époque établie par Brémontier.

 

Introduction

 

Brémontier et Chambrelent

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Nicolas Brémontier

 

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Le 16 août 1809 mourut un certain Nicolas Brémontier. Voici donc deux cents ans. Un jour anniversaire qui serait complètement passé inaperçu si la vaillante équipe de “Histoire et traditions du Bassin d’Arcachon” n’avait relevé l'événement pour le célébrer autour de la stèle, du cippe, élevé à la sortie ouest de La Teste pour honorer la mémoire de ce Nicolas Brémontier auquel notre région doit grandement  son visage actuel et sa richesse. Ce qui fait une sacrée dette, trop oubliée aujourd’hui !

 

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Le+cippe+Brémontier+a+été+érigé+en+septembre+1819

Pour que l’oubli de cette date ne soit pas total, mettons donc le cap sur la vie de Nicolas Brémontier. Il naît en 1738 au Tronquay, dans l’actuel département de l’Eure, en plein milieu de la forêt de Lyons où poussaient les mâts des vaisseaux de Colbert et il fait partie des premiers ingénieurs formés dans la fameuse école des “Ponts et Chaussées”, créée par Louis XV en  1747. On le retrouve sous-ingénieur à Périgueux  puis à Bordeaux. Il y revient en 1784 avec le grade d’ingénieur en chef  et, fort de sa fonction officielle,  il s’attaque à la fixation des dunes littorales qui menaçaient déjà beaucoup des  prairies fertiles et de bonnes vignes testerines et  surtout bloquaient ce vieux rêve stratégique de canal Bordeaux-Espagne. Il y a d’autant plus péril en la campagne qu’une rumeur se répand dans Bordeaux : bientôt, les dunes engloutiront la ville !

 

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Un péril déjà bien mesuré par les Testuts eux-mêmes puisque le premier d’entre eux, le captal Jean Baptiste Amanieu de Ruat (1), s’est mis à l’œuvre pour le combattre, en entamant des plantations sur une partie de ses terres, d’abord en 1713 puis en 1727. Les premiers pins poussent mais les bergers qui utilisent les lieux en jachère voient d’ un mauvais œil disparaître leurs maigres prairies, remplacées par la forêt. Certains d’entre eux  mettent  donc le feu aux arbrisseaux, déjà âgés de six ans. Cependant, entre 1782 et 1787, François de Ruat relève le défi de son père et, sous la direction de son homme d’affaires à La Teste, Peyjehan jeune, il fait planter des pins dans les “lettes”, des vallons entre les dunes, mieux protégés du vent. Les opérations se déroulent dans les environs d’Arcachon et du cap Ferret. Mais l’entreprise, coûteuse,  manque de peu de ruiner le dernier des captaux de Buch.

 

L’abbé Mathieu Desbiey

Pendant ce temps, en 1769, plus au sud, l’abbé Mathieu Desbiey et son frère Guillaume, travaillent pour bloquer une dune mobile de Saint Julien en Born. Ils y appliquent une idée simple, peut-être bien utilisée  depuis longtemps, ici et là. Il faut couvrir le sol de branchages ou de rameaux de genêts pour fixer le sable, laissant ainsi le temps aux jeunes pins de prendre racines. Cependant, en 1778, le baron Charlevoix de Villers, ingénieur maritime, arrive à La Teste.  Sa mission : étudier la possibilité de creuser ce canal du Bassin vers l’Adour, si désiré par les militaires et les commerçants. Conclusion du baron en ses cinq mémoires : si l’ on veut ouvrir le canal, il faut, d’ abord, fixer les dunes.

 

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C’est alors, en 1784, qu’intervient Brémontier, sans doute fort de certains appuis, politiques ou autres et chargé, notamment, des voies de communication. Donc, on peut le penser, de l’hypothétique canal   Atlantique. S’appuyant sur l’expérience de Peyjehan et de tous les praticiens locaux, il obtient des crédits pour expérimenter la fixation des sables  formant des dunes, aujourd’hui englouties, de sept  mille mètres de long et deux cents mètres de large, entre Pilat et Arcachon, au  printemps de 1787. Brémontier perfectionne le système Desbiey en y adjoignant des palissades de 1m.50 de haut qui formeront un cordon dunaire protecteur. Mais la révolution de 1789 éclate.

Cependant, Peyjehan, courageusement, continue l’expérience contre le mauvais temps, politique ou climatique, souvent en payant les ouvriers de sa poche. En 1795, la tourmente révolutionnaire apaisée, Brémontier préside à la rédaction d’un rapport qui dresse un bilan positif des premières plantations, lesquelles produisent déjà de la gemme. Si bien qu’en 1801, les Consuls de la République se montrent très actifs en décrétant : “Il sera pris des mesures pour continuer de fixer les dunes des côtes de Gascogne selon les plans présentés par le citoyen Brémontier”. Le dit citoyen est, en même temps, nommé président de la commission des Dunes, avec Peyjehan comme  inspecteur des travaux.

On installe des ateliers de plantation à La Teste d’abord, puis au Verdon, au Cap Ferret, à Arcachon et à Mimizan, tant et si bien qu’en 1816, sept ans après le décès à Paris de Nicolas Brémontier, quatre mille cinq cents hectares de forêts de pins poussent avec vigueur. 

(1)   Jean Baptiste Amanieu de Ruat : Né en 1676, il épousa en 1702 Marie-Colombe Bauduer et en secondes noces, Dame Dubreuilh de Fonréaux. Il entra rapidement en conflit avec les habitants, notamment les marins testerins. Il est considéré comme l'un des précurseurs de la fixation des dunes en Aquitaine et fit des essais de fixation des sables mobiles par des semis de pins maritimes à La Teste de Buch. C'est à cette époque que les Ruat cessèrent d'être barons d'Audenge, et le Teich fut intégré au terres des Ruat, sans pour autant faire partie du Captalat. Il mourut en 1736 et fut enterré dans l'église du Teich.

 

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Carte élaborée par Brémontier au XIXè siècle, montrant les semis réalisés à La Teste de Buch. La bande au milieu de la carte représente les semis qu'il a réalisé. Les massifs à gauche et à droite de la carte sont naturels et existaient avant les campagnes de boisement. Le Nord est à droite.

 

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Photo, ci-dessus, Carte élaborée par Brémontier au XIXè siècle, montrant les semis réalisés à La Teste de Buch. La bande au milieu de la carte représente les semis qu'il a réalisé. Les massifs à gauche et à droite de la carte sont naturels et existaient avant les campagnes de boisement. Le Nord est en haut de la carte (dans le bon sens, normal..).

 

 

BREMONTIER ET CHAMBRELENT

 

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En 1867, 90 000 hectares de dunes étaient boisés en pins, tandis que 3 000 hectares de dunes littorales étaient couverts par la végétation dunaire.

Mais cette entreprise restait inachevée : derrière les dunes s'étendait toujours sur plus de 700 000 hectares une vaste plaine inondée pendant une grande partie de l'année et desséchée au cours de l'été.

Jules Chambrelent

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Photo ci-dessus, portrait de Jules Chambrelent.

Chambrelent, ingénieur des Ponts et Chaussées, avait remarqué que la végétation se développait seulement là où les eaux trouvaient à s'écouler. Il en conclut qu'il fallait avant tout assurer la libre évacuation des eaux superficielles dès le printemps. Il acheta en 1849 une surface de 500 hectares de landes, sur laquelle il commença aussitôt suivant les principes qu'il avait établis. Le résultat fut immédiat : les semis se développèrent rapidement.

En 1855, la surface assainie et ensemencée atteignait 20 000 hectares. Mais une opération d'ensemble était nécessaire. Il fallait convaincre les maires d'assécher les terrains communaux pour réaliser un réseau de grands canaux collecteurs bien tracés : l'intervention de l'état devenait indispensable.

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Napoléon III

Lors de sa visite dans les Landes en 1855, l'Empereur Napoléon III fut enthousiasmé par les résultats de Chambrelent. Il décida d'acquérir personnellement un vaste territoire inculte de 7 400 hectares, en vue de son assainissement et de sa mise en culture. Une loi datant de 1857 obligea les communes à assainir et ensemencer leurs landes. Les propriétaires fonciers, profitant du réseau de collecteurs, poursuivirent de leur côté des travaux analogues.

Au fil du temps, l'amélioration des techniques de culture a entraîné un accroissement notable de la productivité du Pin maritime.

Et à l'aube de l'an 2000, il est unanimement reconnu que la massif landais est un bel exemple de forêt cultivée.

 

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La forêt des Landes de Gascogne est un massif forestier du sud-ouest de la France. D’une superficie de près d’un million d’hectares, elle est la plus grande forêt artificielle d’Europe occidentale. Bordée par l’océan Atlantique (côte d’Argent), elle forme un vaste triangle couvrant trois départements : la Gironde, les Landes et le Lot-et-Garonne, dont les sommets sont matérialisés par la pointe de Grave (au nord), Hossegor (au sud) et Nérac (à l’est). Principalement privée, elle comprend quelques parties domaniales situées près du cordon littoral. Mais connaissez-vous l’histoire de la forêt des Landes ?

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LES ORIGINES DE LA FORÊT DES LANDES

A l’origine, la forêt et l’élevage constituaient l’essentiel des activités des populations des landes de Gascogne. A la fin du 18ème siècle, il y avait à peine 250 000 hectares boisés. Mais sous la menace permanente du sable, puis de l’eau, des hommes cherchèrent à arrêter les dunes poussées par le vent et l’océan. Les frères Desbiey furent les précurseurs de la fixation des dunes. Leur méthode consistait à immobiliser la dune par des clayonnages maintenus par des petits piquets.

S’inspirant des travaux des frères Desbiey, Brémontier donna des instructions détaillées pour ensemencer, d’Arcachon au Pyla, un premier cordon de sable côtier, en abritant les semis du vent d’ouest par des fagots placés parallèlement au rivage et d’une hauteur d’un mètre. La vallée située derrière fut ensemencée à son tour.

En juin 1788, Brémontier affirmait, d’après les premiers résultats de ses travaux, « pouvoir réussir à fixer la dune en continuant cet ouvrage ». De 1793 à 1801, il sut convaincre les pouvoirs publics de la nécessité de cette entreprise considérable.

 

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Dune du Trencat à La Teste de Buch, un exemple de dune à l'abandon.

 

Napoléon III

 

C’est un aspect peu connu de la politique de Napoléon III, que celui de sa politique agricole. Celle-ci s’est traduite par l’acquisition de vastes domaines et par leur mise en valeur exemplaire, illustrant en cela les idées socialisantes qu’il avait développé en 1844 dans son fameux ouvrage « de l’extinction du paupérisme » (écrit au fort de Ham où il était détenu après la calamiteuse tentative de coup d’état de Boulogne).
Louis-Napoléon y rappelait qu'il y avait alors en France plus de 9 millions d'hectares de terres incultes et proposait de les mettre à la disposition de familles pauvres par le biais de fermes collectives. Sa première expérience « agronomique » remonte à 1848, alors qu’il s’employait à acquérir des terres en Sologne, racine des Beauharnais. Il jeta ainsi son dévolu sur les châteaux de La Grillière (1600 ha sur la commune de Vouzon) et de Lamotte-Beuvron (1820 ha). Outre une politique d’aide locale au développement, au culte et à l’éducation, il releva les fermes existantes et y fit tenter, outre d’importantes plantations de pins, diverses cultures, comme celle du riz ! Pour Napoléon III, la Sologne était une « colonie de l'intérieur » ! Les domaines solognots, d’ailleurs incomplètement payés par le Prince-président, furent incorporés en 1852 aux biens de la couronne à l’avènement de l’empire, comme l’atteste l’analyse de la liste civile de ce dernier1 . L’expérience ne fut malheureusement pas couronnée de succès et l’on songea même un moment à transformer l’exploitation agricole modèle en colonie pénitentiaire. Pour les Landes de Gascogne où Emile Pereire avait acheté dès 1853 de vastes domaines à boiser, Napoléon III fut à l'origine d’une autre vaste expérience : il acheta en 1857, à plusieurs communes, 7400 ha de landes incultes (les plus mauvaises qu'il pût trouver afin d’obtenir un exemple convainquant). Le domaine fut drainé et largement semé de pins2 . Neuf fermes furent construites, chacune investie de mission d’élevage et de productions végétales innovantes, allant jusqu'à une tentative de culture du coton. Vingt-six cottages pour les ouvriers agricoles et des maisons d'artisans furent construits dans un nouveau village érigé en commune et qui prit en 1863 le nom de Solférino en commémoration de la victoire française en terre italienne. Napoléon III s'intéressa enfin à la Champagne « pouilleuse » où il fit en 1857 louer à la périphérie du camp militaire de Châlons, 1700 ha au ministère de la Guerre. Il y fonda huit fermes où il fit expérimenter de nouveaux matériels agricoles apparus en Angleterre et aux Etats-Unis dans les années 1830-1840 (faucheuse Mac Cormick, batteuse de Meikle...). Ce fut sa plus belle réussite, économiquement parfaitement viable. Enfin, comment aborder cette passionnante époque de notre histoire rurale, trop occultée par l’enseignement de la IIIe République, sans évoquer un écrivain aujourd’hui bien oublié ? Edmond About3 , l’auteur du best-seller de la littérature enfantine « L’homme à l’oreille cassée », a composé en 1858 un roman « Maître Pierre », dont l’action s’inspire précisément du boisement des landes de Gascogne.

 

 

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Créé en 1910 par Madame Schneider, le musée Napoléon III de Solférino regroupe des souvenirs de l’empereur ainsi que divers objets de l’histoire locale.

 

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La grande forêt Landaise

 

« Les forêts précèdent les peuples, les déserts les suivent.», ainsi écrivait François René de Chateaubriand, homme politique et écrivain français. Effectivement, la forêt des Landes est la plus grande forêt de pins maritimes d'Europe, mais elle est artificielle, et donc fragile. Elle s'étend sur 14 000 km², avec une forme triangle caractéristique qui lui a valu le nom de « triangle des Landes ». Allant de Soulac à Hossegor, puis jusqu'à Nérac, elle recouvre ainsi la majeure partie des département de la Gironde et des Landes, mais également l'ouest du Lot-et-Garonne. En tant que forêt de pins maritimes, ils sont majoritaires et représentent 80% des arbres qui composent la forêt, les 20% restants étant composés d'arbres fruitiers (pruniers, pommiers, cerisiers ...), ainsi que des chênes, des tilleuls, des lauriers et bien d'autres. 
De plus, la forêt empêche l'avancée des dunes (poussées par le vent d'ouest) et tient une grande place dans l'économie de la région. Effectivement, en Aquitaine, d'après l'INSEE en 2006, l'emploi industriel salarié est occupé à 12% par l'activité de la forêt en représentant 34 000 emplois. Étudier l'historique de cette forêt sera le préalable nécessaire afin de mettre en lumière le développement de l'activité donc l'exploitation de celle-ci, pour ainsi terminer par son environnement et ce qui le menace..

 

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Photo ci-dessus d’une carte des Landes de 1790.

 

Petite mise au point

 

Rétablissement des choses et concernant, la naissance, et la création de la grande forêt Landaise..

 

Bien des choses ont été écrites et enseignées à tord à son sujet, comme :

“C’est Napoléon III qui l’a introduit alors que les Landes n’étaient qu’un immense désert où broutaient des milliers de moutons “.

Tout le monde connaît ces merveilleux vers de Théophile Gautier (le pin des Landes):

 

Sans regretter son sang qui coule goutte à goutte
Le pin verse son baume et sa sève qui bout,  
Et se tient toujours droit sur le bord de la route,
Comme un soldat blessé qui veut mourir debout.

 

 

Naissance du massif forestier landais:

 

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Durant la période glaciaire l’épandage du sable a comblé en partie les ruisseaux et les rivières existants, ce qui a contribué à fortement perturber l’écoulement des eaux vers la mer. Ainsi le réchauffement du climat et les précipitations ont transformé la région en un immense marécage. Aussi on peut se demander quels étaient les paysages primitifs, avant l’arrivée des premiers pasteurs qui ont modifié la végétation de façon radicale.

L’étude palynologique (étude des pollens et spores trouvés dans les tourbes), concernant la zone littorale fait apparaître une dominance des espèces hygrophiles telles que chênes, aulnes, saules, bouleaux, noisetiers, associés le plus souvent à des graminées et des cypéracées (papyrus, carex...), mais aussi des pollens issus de pins maritimes notamment dans la région du Buch. Les chênes pédonculés et les pins supportant des sols inondés une petite partie de l’année, ont pu ainsi se développer sur de vastes espaces. Sur les zones moins drainées se développent saules et aulnes. Ainsi on observe des milieux de plus en plus ouverts au fur et à mesure que l’on s’éloigne des zones drainées et notamment des bords des cours d’eau.

Si l’on voit que des pins existaient déjà dès le Néolitique dans la région du Buch, cette forêt primitive va pratiquement complètement disparaître par la colonisation des terres les mieux drainées par les pasteurs de l’époque. Ceux-ci recourraient à la technique du brûlis pour gagner des terrains pour leurs troupeaux. Ce n’est que plus tard que l’homme a redécouvert les vertus de la forêt et s’est efforcé de la régénérer.

Les cartographes de la fin du XVIIéme siècle (Masse, Cassini et Belleyme) ont montré qu’il existait alors de multiples petits boisements de pins maritimes disséminés le long des cours d’eau, mais que cinq massifs principaux existaient déjà :

  • Le Marensin dont l’exploitation industrielle est attestée dès le moyen-âge.
  • Les forêts du pays de Buch. Des découvertes archéologiques ont montré que le pin maritime était utilisé dès l’antiquité à la production des goudrons ainsi que d’autres produits résineux dont la poix et la colophane.
  • Le massif des Leyres. Ici le développement de la pinède a bénéficié des cours d’eau pour l’acheminement des bois et des produits résineux par flottaison (voir cartes de Belleyme). Notons aussi la terminologie des villages tel que Pissos sur la Leyre qui signifie « domaine de la poix ».
  • La haute vallée du Ciron où s’est développé, dès le XVIIéme siècle, un massif aussi vaste que celui du Marensin du fait de la flottabilité de la rivière et de la forte demande en bois de chauffage de la ville de Bordeaux. Entre 1810 et 1840, des communes comme Préchac, Balisac ou Villandraut, étaient déjà boisées à plus de 50%.
  • Le massif de Casteljaloux où la Gélise sert à la flottaison.

L’importance de ces massifs prouve en autre, que l’on avait déjà pratiqué l’ensemencement de parcelles et c’est sûrement celui du Marensin qui servit de modèle de repeuplement. La dynamique de son essor reposait alors sur la proximité du port de Bayonne par où s’effectuait l’exportation des produits résineux. Ainsi, partie du sud et du centre, la forêt artificielle va gagner le nord , mais sa progression sera freinée par le poids du pastoralisme ainsi que par la résistance des paysans à céder leurs vacants.

Dés le début, deux techniques de reboisement vont s’affronter ; dans le sud la méthode préconisée est de semer à la volée sur un terrain assaini et défriché en partie : on mettait des graines sur de la terre fraichement retournée à la pelle. Mais bien souvent, comme le terrain était pacagé par les moutons et était régulièrement brulé, il suffisait de semer à la volée et la pluie se chargeait ensuite de faire germer les graines en contact avec la terre. Évidemment il y avait de grandes trouées, mais celles-ci étaient réservées au pacage. Dans la partie girondine on avait une autre méthode permettant une culture plus intensive, à cause de la forte demande en bois de la part des vignerons et de la ville de Bordeaux. Cette méthode consistait à labourer le terrain sur des lignes espacées les unes des autres et à semer à la volée sur cette terre fraiche.

C’est finalement cette technique améliorée par la sélection des graines qui sera retenue sur tout le massif et qui perdurera jusqu’à nos jours.

Les principales étapes de l’utilisation du pin maritime et de ses dérivés.

Les recherches archéologiques ont montré que très tôt l’homme préhistorique a su utiliser la résine de conifères dans la confection de ses outils. Plus récemment cependant les premiers habitants de l’Aquitaine ont utilisé le pin pour son bois dans le chauffage et la construction de leur habitat, mais aussi pour recueillir la résine et le goudron  suivant que l’arbre était mort ou vivant.

le bois:

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C’est sans aucun doute pour son bois que le pin a été utilisé à l’origine soit pour le chauffage ou soit pour la construction d’habitations. Mais très tôt les gens ont su l’utiliser à bon escient. En effet le pin est un arbre à croissance rapide, donc un bois tendre qui se dégrade rapidement lorsqu’il est exposé aux intempéries. Aussi ont-ils compris qu’il fallait l’exploiter lorsque la sève ne circulait plus et qu’il fallait le laisser macérer dans l’eau pour enlever la sève avant de le faire sécher doucement à l’air libre, ce qui évitait qu’il ne se fende. Ce bois était ensuite équarris à la hache pour constituer les éléments de l’habitation (poutres, chevrons, planchers, colombages, etc…). Notons cependant que les principaux éléments porteurs étaient souvent faits en chêne plus résistant.

Avec l’apparition des premières scieries dans le Marensin, ces divers éléments ont été l’objet d’un commerce important grâce à la proximité des ports de Bayonne et d’Hossegor. Puis ce façonnage s’est étendu dans le nord du département et de la Gironde en relation avec une forte demande en bois de toutes sortes de la ville de Bordeaux et avec les facultés d’acheminement par flottage sur le Ciron et la Gélise. En Gironde s’est par ailleurs développé une forme particulière de demande (échalas et carassons). En effet la viticulture a fait appel au pin pour la confection des piquets de vigne et d’échalas à placer en guise de fils de fer qui n’existaient pas à l’époque. Les piquets cependant pourrissant assez vite, il fallait les remplacer souvent, aussi leur a-t-on préférédans un premier temps, ceux en acacia plus résistants mais beaucoup plus chers, jusqu’à ce qu’un ingénieux œnologue bordelais (Ribeyraud Gayon) trouve le moyen  de faire perdurer ces piquets de pin en  plongeant l’extrémité de base de ces piquets, faits dans de jeunes pins verts, dans une solution de sulfate de cuivre (très bon antifungique) qui remontait dans les vaisseaux et remplacait la séve : ceux-ci pouvaient alors durer plus de trente ans.

 

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Cette sorte d’économie a fait une consommation importante de jeunes pins de dix à douze ans pour la confection des échalas et de pins de vingt ans que l’on refendait pour la carassonne. La carassonne gemmée était tirée de pins gemmés que l’on refendait  Elles étaient plus durables mais aussi beaucoup plus chères. C’est probablement ce type d’économie qui a poussé à la réalisation d’une forêt “industrielle” et a induit le mode de reconstitution de peuplement par des semis sur labour en lignes. Ce n’est que beaucoup plus tard que cette méthode a fini par s’imposer sur tout le massif forestier landais.

Un autre usage primitif du pin a été la confection de charbon de bois pour le chauffage et la cuisine. Celui-ci était plus léger à transporter et d’un usage plus facile pour la population des villes notamment. Ce produit était fait à partir de bois mort par des artisans disposant de charbonnières qu’ils construisaient eux-mêmes. Si les grandes agglomérations étaient consommatrices de ce produit, il y avait dans la Grande Lande même, de grandes bouches dévoreuses de ce combustible : c’étaient les hauts-fourneaux. Profitant d’un minerai à faible teneur mais situé tout près de la surface du sol (l’alios), les usines métallurgiques fonctionnaient bien avant la Révolution comme celles de Uza qui remontait au Moyen-Âge ou celles de Pontenx à la fin du règne de Louis XV.

Mais du bois s’extrayaient aussi de nombreux autres produits. Trois sont à distinguer : la poix liquide obtenue par la combustion de bûchettes de résineux dans des fours chauffés extérieurement ; la poix épaisse quand la combustion se faisait sur des aires semblables à celles des charbonniers et recouvertes de gazon pour ralentir la combustion, fours qui seront plus tard modernisés et appelés hourns de gaze suédois ; la poix recuite dans une chaudière et qui prendra le nom de bray gras. Ces trois types de produits connaitront des utilisations diverses. La plus courante a été la protection contre l’humidité des cabanes et habitations en bois. Mais c’est surtout en pharmacopée et dans la construction navale que ces produits ont été utilisés le plus longtemps.

En pharmacopée on utilisait la poix pour l’épilation en guise de cire. Additionnée de vin boulli et de fleur de farine , on l’appliquait en cataplasme sur les seins des femmes, probablement pour tenter de les raffermir… Mélangée à de la cire d’abeille elle avait un effet sur les maladies de peau, les ulcérations, les oreilles purulentes, la calvitie et les morsures de serpent (avec du sel et de la farine d’orge). Un autre emploi qui remonte à l’antiquité, est tout ce qui concerne les maladies respiratoires, les maladies nerveuses et les scrofules (écrouelles) mélangée avec de la farine d’orge et de l’urine d’enfant non pubère. Tous ces usages se sont perpétués jusqu’à nos jours (on soignait dans le Buch et la forêt d’Arcachon les scrofuleux, tuberculeux et autres nerveux , grâce aux senteurs balsamiques et térébenthinées. A notre époque on a encore récemment proposé du goudron de pin purifié sous forme de capsules, pilules ou sirops de goudron. Les vétérinaires l’emploient contre les affections de peau et les parasites.

Notons aussi que les paysans utilisaient la résine sèche en cas de carie dentaire : il suffisait de colmater le trou de la dent avec celle-ci pour faire estomper la douleur un moment le temps d’aller voir le dentiste qui n’était pas monnaie courante à l’époque.

Ainsi la poix-goudron s’est bien présentée comme un produit miracle de l’antiquité jusqu’à nos jours.

L’autre utilisation de ces produits a été dans la construction navale jusqu’à ce que les coques deviennent métalliques ou plastiques. Trois opérations exigeaient l’usage de la poix dans les chantiers antiques. A l’intérieur de la carène, on coulait à chaud du bray épais qui bouchant tous les intervalles entre les piéces de bois, assurait outre le collage, l’étanchéité de la coque. Les anciens l’ont aussi utilisée mélangée à du chanvre lors du doublage des coques par du plomb ou du cuivre. Enfin une fois le bateau terminé, les anciens enduisaient la coque toute entière extérieurement de goudron végétal et de cire avant de les peindre souvent de couleurs vives.

Mais les coques n’étaient pas les seules à recevoir la précieuse poix, car voiles et cordages étaient aussi imprégnés. En effet le sel marin des embruns, détériorait rapidement ceux-ci  faits de fibres végétales, souvent le chanvre.

Les produits résineux et les techniques de gemmage

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A partir de l’arbre vivant, on a extrait toute une série de produits dits résineux dont les noms et les utilisations ont évolué ainsi que les techniques utilisées pour  leur récolte.

Les produits résineux ont été utilisés depuis des temps immémoriaux. En effet dans la Bible, il est écrit dans l’Exode que la mére de Moïse “ne pouvant le cacher plus longtemps…lui trouva une caisse, ou une corbeille, en papyrus, l’enduisit de bitume et de poix, y mit l’enfant et le déposa dans les joncs au bord du fleuve…”. La poix ici était de l’asphalte, hydrocarbure tiré de la vallée du Sidim et qui a servi aussi à l’étanchéité de l’arche de Noë. Quant à la poix on sait qu’elle est d’origine végétale sans pouvoir dire de quelle essence il s’agit. On va d’ailleurs trouver dans les textes une profusion de termes faisant référence aux produits résineux  mais avec une confusion dans les genres et on rendra hommage à R. Aufan et F. Thierry d’avoir essayé d’y mettre bon ordre. Ils ont distingué trois catégories de produits dans lesquels se rangent les différents termes de la littérature depuis le XVI ème siècle :

.  le galipot et le barras sont des produits bruts

. la tormentine (résine épurée) est une substance liquide, non cuite, semblable à une huile que l’on retrouve aussi sous le nom de térébenthine du soleil ou de Venise.

. les résinesrousinesrosinesl’arqueyson et la tormentine cuite d’une part, les braisbrés et brest d’autre part, qui sont des produits transformés par cuisson dans une chaudière appelée gemière au caoudeyre.

Tous les produits résineux tirés du pin vivant, sont obtenus par un procédé appelé gemmage, consistant à pratiquer une incision dans le tronc de l’arbre et récolter les produits qui vont en suinter, car la particularité des résineux et surtout du pin maritime, est de réagir à toute lésion pratiquée sur son tronc en sécrétant un produit cicatrisant visqueux : la résine. Celle-ci est élaborée par l’arbre et circule dans des canaux résinifères situés dans le liber. Cette technique du gemmage va fortement évoluer avec le temps et le nombre de produits tirés de la résine va aussi progresser, si bien qu’aujourd’hui les dérivés de la résine se retrouvent dans une bonne cinquantaine de produits de consommation courante (lessives, pneumatiques, cosmétiques, pharmacologie, peintures, etc…).

La première technique de gemmage pratiquée au cours du XVIème siècle est dite gemmage au crot. Le paysan chargé de ce gemmage était appelé résinier. Il jugeait qu’un pin était apte à être saigné lorsque l’entourant d’un bras il n’apercevait plus l’extrémité de ses doigts, ce qui correspondait à des pins de 30 à 35 ans dans le massif landais et plus jeunes dans le Marensin et les dunes.

Dès les premiers jours de février le résinier enlevait à la hache le plus gros de l’écorce de l’arbre en commençant au pied jusqu’à une hauteur de 40 cm sur 12 de largeur. Il choisissait la face de l’arbre sous le vent car c’est là que les canaux résinifères sont les plus gros et donc que la résine coulerai le plus. En même temps il creusait au pied de l’arbre un trou d’un demi litre environ, le crot, destiné à recevoir la résine. Le pot ne sera inventé que beaucoup plus tard. Dans le Marensin on a utilisé des boites de planchettes et même des cornes de bœufs attachées à l’arbre. Début mars le résinier pratiquait la première pique avec une sorte de hache  dont le tranchant était convexe et le manche décentré : le bridon. A intervalles réguliers, il venait réaliser une nouvelle pique destinée à rafraichir la plaie. L’ensemble de ces piques faisait que la plaie grandissait en hauteur et formait ce que l’on appelait la carre. Cette carre pouvait monter très haut sur le tronc de l’arbre jusqu’à 5 mètres. Aussi pour pouvoir réaliser sa pique le résinier était-il obligé d’utiliser une sorte d’échelle constituée par un long morceau de bois dans lequel avait été pratiquées des encoches destinées à recevoir le pied nu du résinier : le pitey. Quand la carre était arrivée à son maximum, on en recommençait une nouvelle sur le coté opposé : cette carre s’appelait carre-bira. Et ainsi de suite sur les différentes faces du pin. Quand les sujets étaient estimés assez vigoureux on pouvait pratiquer plusieurs carres simultanément. Ceci se pratiquait surtout avant de réaliser la coupe rase des pins devenus trop vieux .

Plus tard vint un nouvel outil, le hapchot, sorte de hache à lame courbe et très effilée. Celle-ci munie d’un manche plus ou moins long a permis de s’affranchir du pitey; elle a permis aussi de réaliser sur la carre des copeaux très fins et longs d’une vingtaine de centimètres : les gemmelles. La difficulté en effet était de réaliser des copeaux qui n’entament que légèrement l’aubier, ce qui aurait contrarié très fortement la croissance de l’arbre et sa capacité à cicatriser la carre. On ravivait la carre environ toutes les semaines, avec un outil plus léger le pourguit.

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Puis vint l’invention du pot. Il y en eu de toutes sortes : en bois, en verre, en grès, en ciment et finalement fut retenu le pot dit Hugues en terre cuite ou cutchot. C’est lui qui permettait une meilleure conservation des qualités de la résine. Le pot était fixé à l’arbre par un ingénieux procédé qui consistait à le coincer entre un clou de 7 ou 8 (quelques fois une cheville de bois) et une lame de zinc dit crampon disposé en travers de la carre et servant de gouttière à la résine. Le crampon était placé grace à un appareil appelé bire pousse crampon, de forme légèrement concave en bout duquel on plaçait le zinc que l’on appliquait en travers de la carre et on l’enfonçait grâce à un maillet. Ce pot était régulièrement monté tous les ans, au fur et à mesure que la carre s’élevait et permettait ainsi à la résine des trajets plus courts, ce qui lui évitait de sécher sur l’arbre en formant le barras ou résine sèche. Quand l’arbre était penché, on guidait la résine vers le pot en pratiquant une légère entaille sur le bord de la carre dans laquelle on insérait un zinc ou simplement une gemmelle. Quand la carre était sous la pente de l’arbre, on employait de grandes assiettes de terre cuite dans lesquelles gouttait directement la résine. Les hapchots étaient alors munis sur le dos du tranchant, d’une petite hachette dite picasson. Lors de la pique, afin d’éviter que des débris ne tombent dans le pot, on plaçait sur celui-ci une sorte de petite palette plate avec un manche la palique. On trouva aussi des paliques sans manche et en terre cuite, que l’on laissait à demeure.

 

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Quand les pots étaient pleins, on réalisait le ramassage ou amasse.  C’était souvent un travail dévolu aux femmes. Le ramassage se faisait dans des sortes de seaux ou escouartes d’une contenance d’environ 16 litres. Au début en bois, de forme carrée puis ronde, elles furent ensuite en fer. Une encoche latérale permettait de placer la palinette ou coutelle ou curette qui servait à bien curer la résine du pot pour la faire tomber dans l’escouarte. Quand l’escouarte était pleine, on la vidait dans des barriques de bois. Ces barriques étaient munies d’une ouverture latérale carrée que l’on pouvait ensuite obturer par un couvercle de bois plus ou moins hermétique. Ces barriques étaient placées sur des quais en bois, en vue de leur chargement sur des charrettes soit à deux roues ferrées le bros, ou à quatre roues le ka. Il pouvait y avoir jusqu’à 5 amasses par an. La dernière amasse était complétée par la collecte de la résine séche le long des carres : le barras. On étendait un drap au pied du pin et on grattait la résine sèche avec un outil le barrasquitLe barras était au début mélangé à la résine molle puis plus tard collecté à part, car moins riche en essence térébenthine.

On estimait qu’un bon résinier pouvait ainsi conduire jusqu’à 3000 carres par an, fournissant 8 à 10 barriques de résine molle et 25 à 30 quintaux de barras. Plus tard l’escouarte fut placée entre deux brancards légers, formant une sorte de brouette, avec une roue de vélo. L’escouarte servant de béquille, restait ainsi toujours dans la bonne position.

Il existait aussi une production marginale de faux encens. C’était en fait de la résine qui exsudait au travers de l’écorce de très vieux pins. Il était utilisé dans les églises de campagne et a même fait l’objet de commerces frauduleux avec l’étranger.

Les techniques évoluant, on passait au gemmage dit activé. Celui-ci consistait à projeter sur la partie supérieure de la carre une solution d’acide sulfurique à 10%, qui avait pour objet de ralentir la cicatrisation des canaux résinifères sans altérer le bois et permettre un écoulement plus long entre deux passages du résinier. De plus cette technique permettait de faire une simple incision supérieure de quelques centimètres ; il n’y avait alors plus de production de gémelles. Ceci a donc entrainé une évolution du matériel à utiliser. La lame du hapchot s’est considérablement réduite et transformée en une sorte de crochet. Le résinier ne passant que beaucoup moins souvent devant chaque carre, il pouvait en résiner beaucoup plus. On a signalé des résiniers portugais conduisant jusqu’à 40000 carres ; on est loin des 3000 des résiniers landais d’alors. Dans le même temps le pot fut remplacé par des poches en plastique fixées directement sur la carre. Ces poches supprimait l’usage de la palique et réduisait encore la possibilité aux essences de s’évaporer. Après 1800, les ateliers de résine vont se multiplier de façon considérable, pour pouvoir faire face à la demande croissante de l’industrie.

Au moyen âge et tant que perdura le gemmage au crot, le barras fut récolté en quantité équivalente à la résine molle, laquelle était mélangée par certains marchands avec de la cire pour en faire des bougies filées. Le barras seul se vendait après avoir été chauffé puis moulé sous forme de pains de 30 à 40 kilos, ce qui permettait de le transporter plus facilement.

La résine molle en revanche, devait être transformée avant sa commercialisation. Celle-ci se faisait sur place, suivant deux techniques différentes.

La première consistait à obtenir par la simple action de la chaleur solaire ce que l’on désignait par tormentine du soleil. Celle-ci n’était autre que la térébenthine que l’on utilisait dans les vernis, les cires à cacheter ou comme solvants. La technique consistait à construire dans un lieu bien exposé au soleil un réservoir en madriers de pin de deux mètres carrés appelé barque. Elle était ensuite recouverte de planches mobiles que l’on plaçait lorsque le temps était à la pluie. Cette barque était munie d’un double fond. Le fond supérieur était horizontal, fait de planches disjointes alors que l’inférieur était en plan incliné et fait de planches bien jointes et étanches. On versait la résine molle et le galipot sur le dessus et la chaleur solaire les ramollissait et permettait ainsi à la térébenthine de suinter à travers les planches du premier fond pour s’écouler dans une auge extérieure d’où on la transvasait dans des barriques. Par grande chaleur la térébenthine s’exsudait aussi de ces barriques et était recueillie dans des réservoirs pour donner une essence très pure appelée térébenthine de Venise qui se vendait très cher.

La deuxième technique consistait à chauffer les produits résineux dans une chaudière de cuivre, la gemière ou caoudeyre pour obtenir ce que l’on appelait la résine jaune. Celle-ci avait plusieurs utilisations, dans la savonnerie, les colles, pour le vernissage des mats et superstructures de bateaux mais surtout pour la production de flambeaux et des fameuses chandelles landaises. A Escource celles-ci étaient transportées jusqu’à Labouheyre d’où elle était convoyée par kas, tirés par des bœufs, jusqu’à Bordeaux. Là une partie était expédiée jusqu’en Bretagne grande consommatrice de ce genre d’éclairage, ce qui provoquait d’ailleurs le noircissement des chaumières.

Pour faire cette résine jaune, on chauffait la résine molle additionnée d’un peu de barras jusqu’à ce qu’elle fonde. On la filtrait alors sur de la paille. Chauffée environ deux heures on obtenait du brai que l’on additionnait d’eau dans une grande auge de bois creusée dans un tronc de chêne : le couladuy. Bien brassée cette matière était coulée dans des cavités creusées dans le sable à l’aide d’une branche fourchue servant de compas et à la confection desquelles on apportait un grand soin dans la préparation. Ainsi étaient formés des pains coniques de résine dont le poids variait de 60 à 110 kilos.

Si l’on ne rajoutait pas d’eau, on épurait le produit sur de la paille, puis on le moulait pour former un brai sec ou rousine, transparent et friable d’un rouge brun très foncé. A La Teste ce brai sec était appelé arcanson, et était réalisé à partir de la résine restante des barques. Les pains formés étaient appelés pastères et entrait dans la fabrication des vernis, peintures, papiers, à enduire les cordes des instruments de musique ou au carénage des bateaux.

Dès le XVIIéme siècle on a commencé à distiller la térébenthine dans des alambics en cuivre, afin d’obtenir l’essence. En 1749 on vend à Escource une machine à faire l’huile de térébenthine avec le serpentin et le capuchon. Notons, qu’une fois de plus, ce sont les hollandais qui ont introduit la technique de la distillation, non seulement pour la résine mais pour le vin et notamment l’Armagnac et ont aussi enseigné l’utilisation des mèches soufrées les allumettes hollandaises pour la conservation du vin. C’est ainsi que progressivement vont se créer de véritables distilleries dans des ateliers où on va produire en continu l’essence de térébenthine mais aussi  des brais et collophanes.

Conclusion

Si tout un pan de cette activité liée au pin maritime, a aujourd’hui disparu, seule celle liée au commerce du bois a subsisté et s’est considérablement développée. Les causes en sont évidemment multiples. Les demandes ont évoluées ainsi que les exigences envers la qualité de ces produits, demandant constamment de couteux investissements auquel les industriels de l’époque n’ont pu faire face, car la concurrence a fait que les coûts de la main-d’œuvre leur sont devenus insupportables. De plus il faut noter que pour qu’un pin puisse produire convenablement il fallait que sa canopée puisse être suffisamment développée pour compenser les pertes produites par les prélèvement continues de résine. Ceci imposait que les arbres soient maintenus à des distances importantes les uns des autres, au moins 9 mètres, ce qui entrainait une densité faible à l’hectare, de l’ordre d’une centaine de tiges. Ces arbres étaient de plus exploités très longtemps entre 80 et cent ans. Leur croissance elle même, était très ralentie mais donnait un bois plus dur et coloré en rouge que l’on utilisait dans la construction et les meubles. Aujourd’hui la densité des pins en fin de vie est doublée et l’âge d’exploitation est considérablement raccourci aux environs de 50 ans et moins, car ils poussent plus vite mais ont un bois plus tendre.

C’est donc uniquement vers le négoce du bois que réside l’importance du pin maritime de nos jours. Son utilisation comme traverse de chemin de fer, ou poteau de mine est devenu totalement obsolète et celle dans la charpente très marginale. En revanche s’est développé son utilisation en papèterie, dans la menuiserie et le bois d’œuvre en général, mais subit une concurrence acharnée des autres types d’essence. Les dernières tempêtes (1999 et 2009) qui ont détruit près de la moitié du massif forestier landais poussent certains à abandonner la sylviculture pour d’autres activités plus lucratives. Espérons que la forêt landaise résistera à ces tentations et restera un havre enchanteur de paix et de sérénité qui a toujours été le sien.

 

La suite..mercredi..