Le Vésuve et Pompéi..suite..
Ci-contre, carte de retombées de pierres ponces.
Les seuls témoignages directs qui nous soient parvenus sont deux des Lettres écrites par Pline le Jeune en réponse à une demande de son ami Tacite. Elles relatent sa propre expérience de l'éruption et les circonstances de la mort de son oncle Pline l'Ancien, parti observer le phénomène de plus près. Ni l'une ni l'autre ne concernent directement le sort de la ville de Pompéi. Ces observations générales ont été complétées par l'analyse stratigraphique des dépôts volcaniques dans la cité, les fouilles archéologiques et l'étude d'éruptions modernes comparables, comme celles du Mont Saint Helens (1980) ou du Pinatubo (1991).
Le 24 août 79 ap. J.-C. (en conservant l'hypothèse de la datation traditionnelle), Pline l'Ancien et son neveu Pline le Jeune se trouvent à Misène, siège de la flotte romaine.
À Pompéi, la journée commence normalement. Dans ce que l'on appelle aujourd'hui la maison des Peintres au travail, une équipe de peintres a commencé son travail de la journée, couvrant un mur à décorer d'enduit frais, tandis que le pictor imaginarius trace l'esquisse du tableau qu'il compte réaliser. À un moment que l'on peut situer entre 10 heures et midi, leur travail est interrompu, probablement par une série d'explosions phréato-magmatiques qui accompagnent le début de l'éruption. À la suite d'une secousse, un peintre perché sur un échafaudage laisse échapper un récipient de chaux, dont le contenu éclabousse le mur et sera retrouvé par les archéologues dix-neuf siècles plus tard. À Misène, ces événements échappent à Pline l'Ancien et à son neveu.
Ce n'est que vers 13 heures, alors que le bouchon de lave qui bloque la cheminée du Vésuve vient de sauter, que la femme de Pline l'Ancien lui fait remarquer un énorme nuage au-dessus de la baie de Naples. D'après les écrits de Pline le Jeune ce nuage a la forme d'un pin parasol. D'ailleurs on appellera ce nuage à partir du xxe siècle un « panache plinien ».
Ce panache est constitué d'une masse de matériaux volcaniques et de gaz plus légers que l'air. La colonne continue à s'élever — atteignant 32 km — jusqu'à ce que l'écart entre sa densité et celle de l'air devienne trop faible et qu'elle s'étale, prenant cette forme caractéristique remarquée par Pline. Les matériaux sont ensuite emportés par les vents dominants en direction du sud-est, vers la région de Pompéi.
Grâce aux études stratigraphiques, nous savons qu'au cours des sept premières heures de l'éruption, des pierres ponces blanches tombent sur Pompéi, au rythme de 15 cm par heure, s'accumulant sur 1,30 m à 1,40 m. Vers 8 heures du soir, la composition du magma se modifie et une pluie de pierres ponces plus foncées, dites « grises », s'abat sur Pompéi. L'épaisseur totale des pierres ponces atteint quelque 2,80 m à Pompéi. La consistance de ces pierres ponces est variable. Si des « bombes volcaniques » peuvent tuer, les lapilli, très légers, dont la taille est comprise entre 2 et 64 mm, en sont incapables. Par contre, leur accumulation peut provoquer l'écroulement des toits. Elle entrave progressivement les mouvements des habitants qui tentent de s'enfuir. Même si les lapilli sont légers, on peut imaginer que certains font comme Pline l'Ancien et ses compagnons qui — au moment de fuir la villa de son ami — «mettent sur leur tête des coussins et les attachent avec des tissus ». Il est d'autant plus difficile de se déplacer que le nuage volcanique voile le soleil et que l'éruption s'accompagne de secousses sismiques.
